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Centrales à charbon : la BAD au banc des accusés

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Un rapport publié ce mois d’octobre 2019 montre les effets néfastes de la centrale à charbon de Sendou au Sénégal en particulier sur les femmes dans un contexte de changement climatique. Le rapport présenté le 5 novembre à Abidjan interpelle la Banque africaine de développement sur son rôle dans le financement dans ce projet énergétique.  

 Alors que la Côte d’Ivoire est engagée dans un projet de construction d’une centrale à charbon à San-Pedro, au Sénégal où un tel projet a été initié en 2009, les populations sont vent debout. Et pour cause, les localités impactées par la construction de la centrale à charbon de Sendou I qui a causé la perte des terres et a eu un impact sur les activités de cette communauté de pêcheurs, principalement des femmes, sont particulièrement remontées contre la Banque africaine de développement (Bad), l’un des bailleurs du projet.

« On n’a plus où habité. On n’a plus où cultivé », s’insurge Mama Fatou Samba, de l’association des femmes de Khemcon, au Sénégal. « Nous voulons que la Banque africaine de développement cesse de financer des projets comme les centrales à charbon. On a des énergies renouvelables sur lesquelles on peut se pencher », réclame-t-elle.

Selon le rapport intitulé ‘’les femmes s’opposent à la grande production de charbon’’, présenté ce mardi 5 novembre 2019 à Abidjan, l’institution bancaire africaine (Bad), dont le siège se trouve dans la capitale économique ivoirienne, « facilite et dirige » le groupe de prêteurs [la Banque néerlandaise de développement (FMO), la Banque ouest africaine de développement (BOAD), la Compagnie bancaire de l’Afrique de l’ouest (CBAO) et la BAD] qui cofinancent ce projet d’un coût global de 118 milliards francs Cfa et « est devenue le chef arrangeur mandaté pour le financement de la dette de Sendou I, avec une contribution d’environ 37% du financement du prêt ».

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La délégation sénégalaise est à Abidjan pour interpeler les dirigeants de la banque africaine de développement pour qu’elle arrête le financement de la centrale de Sendou. Aly Marie Sagne, président de Lumière Synergie pour le Développement (LSD), organisation qui accompagne les femmes de Bargny (Sénégal) dans la défense de leurs droits, estime que« actuellement, la centrale est aux arrêts depuis trois mois. S’il n’y a pas de nouveaux investisseurs, ça sera difficile de continuer »« On va continuer à combattre la centrale à charbon jusqu’à sa démolition. Il faut que l’Etat cesse de financer les centrales à charbon et les projets semblables », insiste Mama Fatou Samba.   

Le rapport intitulé ‘’les femmes s’opposent à la grande production de charbon’’ est co-publié par trois organisations : Lumière Synergie pour le Développement (LSD), Gender Action et WoMin African Alliance. Il met en exergue les effets néfastes de la centrale à charbon sur les populations, en particulier les femmes, et l’environnement dans un contexte de changement climatique. Le projet a détruit les moyens de subsistance de plus de 1 000 femmes transformatrices, affaiblit la santé de la communauté et détruit le patrimoine culturel. Les communautés de Minam et Bargny ont perdu une partie de leurs terres et sont particulièrement touchées par l’érosion côtière. « Beaucoup de maisons ont été déjà emportées par la mer, tout comme une mosquée, un cimetière et un terrain de football », souligne le rapport.

Le rapport présente une analyse « éco-féministe » basée sur le genre et le changement climatique à travers quatre principaux indicateurs : le consentement des communautés affectées ; les droits des femmes ; la compensation ; et les coûts-bénéfices éco-féministes de cette centrale à charbon. « La banque [BAD] a un modèle de développement. Il faut donc un changement en utilisant les impacts dans l’analyse. Il serait intéressant que le gouvernement le comprenne et n’investit pas dans ce genre de projet », observe Samantha Hargreaves, directrice de WoMin African Alliance, co-auteur du rapport.

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La centrale à charbon de Sendou, d’une capacité de production de 125 MégaWatts (MW), est situé sur un terrain de 29 hectares près du village de Minam et de la commune de de Bargny, à 23 Km de Dakar. Le site du projet comprend un camp de base de 162 m2 pour le personnel de l’usine et une zone de stockage de charbon de 30 000 m2.

Les auteurs du rapport recommandent à la Banque africaine de développement de s’engager dans un processus de consultation direct des communautés affectées, notamment les femmes, afin de les écouter pour mieux comprendre les impacts de la centrale à charbon et de proposer des réparations, indemnisations ou compensations appropriées suite à la perte des droits fonciers, l’érosion des moyens de subsistance et la dégradation des conditions de santé du fait de l’implantation de la centrale à charbon.

Anderson Diédri

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