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Droit dans les yeux : le mur des lamentations pro-Soro

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« Droit dans les yeux » ; la nouvelle plateforme que vient de lancer Guillaume Soro dévoile un peu plus la rupture entre ce dernier et le camp Ouattara qu’il accuse de le persécuter à travers ses proches, régulièrement limogés de l’administration. Mais cette tribune politique dévoile aussi sur les ambitions d’un homme déterminé. Mais jusqu’où ira Soro ?

Après quelques années passées à entretenir le rêve de succéder à Alassane Ouattara, Guillaume Soro a amèrement compris ces derniers temps qu’il est aujourd’hui persona non grata au Rassemblement des républicains (RDR). L’ex chef rebelle, qui sait désormais qu’il doit tracer sa propre voie pour exister politiquement, entend le faire non sans prendre le soin de régler ouvertement ses comptes avec les figures tutélaires d’un régime dont il fait pourtant parti jusque-là…du moins en apparence.

Visiblement, après des mois d’attraction-répulsion, Guillaume Soro mène une guerre ouverte contre le camp Ouattara. Il vient de lancer une plateforme nommée « Droit dans les yeux » qui diffuse des vidéos à la fois critiques et empathiques via sa page Facebook. Dans ces vidéos politiquement émouvantes, son service de communication donne la parole à ses proches qui parlent de leur licenciement ou de celui de ceux qui le soutiennent. Marcher avec Guillaume Soro devient risqué !

Car de son statut de chef rebelle, il est aujourd’hui le petit messie de la politique ivoirienne prêchant l’Évangile des Forces Nouvelles malmenées par leur passé sulfureux à un moment où ils veulent tous – les leaders de l’ex rébellion – se muer en leaders politiques de premier plan. Pour faire compagnonnage avec Soro, c’est désormais : « va, fais-toi licencier » et « reviens me suivre, je te ferais pêcheur de pro-indécis, pro-Gbagbo, pro-Ouattara… ». Ceux qui ont compris le message sont les premiers dont les témoignages figurent sur la plateforme « Droit dans les yeux », un mur virtuel des lamentations et de complaintes que Soro n’assume pas pour l’heure dans ses prises de parole publique.

Une larme dans le coin de l’œil, on voit dans une vidéo Djakaria Touré, récemment licencié du Ministère de l’éducation nationale rendre témoignage. Le texte qui accompagne la vidéo indique clairement qu’il a été viré sur instruction du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly. Idem pour un autre pro-Soro, Konaté Zié, licencié en Juillet 2017 du Conseil café-cacao. Il a donc fallu que ses proches soient vidés de l’administration ivoirienne pour que le président de l’Assemblée Nationale se réveille. Pourtant, depuis qu’Alassane Ouattara a accédé au pouvoir en 2011, c’est sous le regard bienveillant et le silence coupable de Guillaume Soro que des milliers d’ivoiriens ont perdu leurs emplois.

Le patron du pouvoir législatif, censé être l’un des porte-voix les plus décisif du peuple, n’a jamais osé dénoncer les vagues de licenciements parfois abusifs dont ont été victime de nombreux ivoiriens. Pourquoi devait-il s’en plaindre aujourd’hui ? Assurément qu’il considérait à l’époque que cette politique qualifiée de « rattrapage ethnique » était utile et l’approuvait puisque si Alassane Ouattara vidait autant de gens dans l’administration et l’armée, c’était parce qu’il devait aussi faire de la place à ceux qui servaient sous ses ordres pendant ces 10 dernières années.

Réveil sur fond de calculs politiques

Dans son offensive visant à se faire poser à l’avance en homme providentiel en 2020, qu’est-ce que Guillaume Soro ne ferait pas pour s’attirer la sympathie des ivoiriens ? Prière du dimanche, repas de fête avec les musulmans lors de la Tabaski, coiffé d’une kippa au pied du mur des lamentations à Jérusalem, voyages interminables en apôtre de la réconciliation…Tout y passe !

L’empathie et la bienveillance politiques qui dictent le comportement de certains jeunes leaders ayant des ambitions présidentielles ici ou ailleurs semblent désormais avoir investi Guillaume Soro. Alors qu’il s’époumonait hier face à ses troupes rebelles qui pillaient le nord de la Côte d’Ivoire, s’égosillait à défendre le projet politique d’Alassane Ouattara basé sur le rattrapage ethnique, menaçait, avec sa horde de cadres, ces pro-Gbagbo qu’il courtise aujourd’hui et ruinait ses nuits à coucher sur papier son passé ‘glorieux’ de briseur d’unité nationale (Pourquoi je suis devenu un rebelle) ; la bonne vieille sagesse politique aurait dû pousser Guillaume Soro à semer des graines de paix et de réconciliation. Ne dit-on pas vaut mieux tard que jamais ?

En tout cas, sa position de chef du parlement aurait pu l’amener à ne pas se taire sur les injustices dont les ivoiriens étaient victimes depuis l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir. « Droit dans les yeux » aurait été sans doute un outil de colère sociale sincère et politiquement désintéressé, loin des calculs politiques, et lancé plus tôt, aurait servi non pas la cause de Guillaume Soro et ses proches mais celle de tous les Ivoiriens. A l’approche de 2020, on ne peut s’empêcher d’y voir une plateforme pour s’attirer la sympathie de l’opinion mais surtout une tribune politique dédiée à promouvoir le positionnement d’un homme plus que jamais ambitieux et déterminé à aller jusqu’au bout : Guillaume Soro.

SUY Kahofi

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