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Dur d’être LGBTI en Afrique

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Les droits des minorités sont de plus en plus bafoués à travers l’Afrique et cette réalité est encore plus vrai pour les membres des communautés LGBTI qui doivent vivre dans une quasi clandestinité à cause de leur orientation sexuelle. C’est une situation qui ne facilite pas leur prise en charge dans les programmes de lutte contre le VIH et le travail des ONG chargées de défendre leurs droits.

Dans plusieurs pays africains, les relations entre personnes de même sexe sont encore considérées comme des crimes, des relations contre nature ou des manifestations d’une possession par des mauvais esprits. Être lesbienne, gay ou transgenre peut facilement exposer un individu au courroux de son propre entourage. La stigmatisation, le rejet et les actes de violence poussent donc les membres des communautés LGBTI à se recroqueviller sur eux-mêmes de peur de se voir agresser voire tuer. Le Forum des ONG qui se tient en marge de la 61ème Session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) est une occasion pour les ONG de défense des droits de l’homme de se pencher sur le cas de ces africains victimes d’incompréhension en raison de leur orientation sexuelle.

Les panels, échanges et travaux de groupes ont permis de soulever deux aspects importants en ce qui concerne les droits des LGBTI en Afrique. Le premier point, c’est qu’il y a comme un manque de communication et d’information autour de la cause de cette minorité. Dans l’entendement des populations et même de certains leaders de la société civile, les LGBTI sont à la recherche d’une protection particulière ou revendiquent des droits spécifiques à leur orientation sexuelle. Il s’agit d’une erreur appréciation souligne Stefano Fabeni, directeur exécutif de Synergía – Initiatives for Human Rights.

« Les droits revendiqués par les LGBTI sont les mêmes droits indiqués et protégés par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et garantis à chaque citoyen africain. Dans toutes les sociétés il y a des personnes dont l’orientation sexuelle ne respecte pas la norme sociale. Et c’est peut-être la raison pour laquelle y a plus de visibilité autour des revendications des LGBTI. C’est la raison pour laquelle, on a cette impression que les LGBTI revendique d’autres droits » fait-il remarquer.

En effet, depuis les années 1970 et les évènements sociaux qui vont s’enchaîner par la suite notamment la flambée de la pandémie du VIH, les LGBTI seront constamment sous le feu des projecteurs et des médias tantôt pour les stigmatiser tantôt pour booster la lutte pour la reconnaissance de leurs droits. Il est grand temps que la société civile africaine comprenne que la communauté LGBTI ne recherche rien d’autre que le respect des droits garantis à chaque individu. Et pour que cette perception erronée ne puisse plus être monnaie courante, Stefano Fabeni invite les LGBTI dans chaque pays à ne pas se mettre en retrait des mouvements de lutte pour le respect des droits de l’homme dans l’ensemble.

Le deuxième aspect que les ONG ont aussi souligné est cette nouvelle propension que certains pays africains ont de criminaliser l’orientation sexuelle des LGBTI. A titre d’exemple au Tchad, le code pénal punit l’homosexualité de 4 mois à 2 ans de prison. Dans un pays majoritairement musulman, cette « sanction » est jugée faible par rapport à la perception que les populations ont de l’orientation sexuelle des LGBTI qu’elles qualifient de contre nature. Cette criminalisation est accentuée bien trop souvent par un quasi harcèlement des médias. La question des LGBTI reste très peu abordée par les médias et quand elle l’est, c’est le côté sarcastique, déshumanisant et dégradant qui est mis en lumière. Les mésaventures de gays battus et de lesbiennes violées font les choux gras de la presse à sensation africaine et font même vendre certains canards qui en ont fait leur niche.

Pour Jean Eric Nkurikiye, responsable du programme de renforcement des capacités des organisations membres de l’ONG AMSHER (African men for sexual health and rights), cette stigmatisation entretenue par les lois répressives et la caricature des médias pousse les LGBTI à vivre dans une quasi clandestinité. Or au-delà d’être une minorité avec des difficultés propres à leur orientation sexuelle, les LGBTI comme les travailleurs du sexe sont aussi des populations vulnérables particulièrement exposées au VIH-SIDA. En les poussant à la clandestinité, c’est un effort supplémentaire qui doit être fait pour prendre en charge les personnes vivant avec le VIH au sein de la communauté LGBTI.

Les ONG de défense des droits de l’homme ont estimé qu’il est judicieux de continuer le plaidoyer en faveur des autorités dans chaque pays afin que cesse la criminalisation de l’orientation sexuelle des LGBTI. Ce plaidoyer doit également se faire en direction des professionnels des médias pour que change le traitement de l’actualité liée aux LGBTI. Sur la question précise du rôle des médias dans la lutte contre la stigmatisation des LGBTI, certaines ONG ont indiqué qu’elles travaillent de plus en plus avec des journalistes. Cela a été rendu possible au préalable par des séminaires et ateliers de formation pour qu’ils puissent mieux comprendre les enjeux qui entourent la protection des droits des minorités.

SUY Kahofi envoyé spécial

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