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Enfin un vaccin efficace contre Ebola

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40 ans après la découverte de la maladie à virus Ebola en République Démocratique du Congo (ex-Zaïre), le monde s’apprête à tourner la page de la peur qu’a pu inspirer cette maladie. Après plusieurs tentatives des laboratoires et instituts de recherche pour contrer la maladie qui a fait plusieurs milliers de victimes, un vaccin est sur le point de neutraliser pour de bon Ebola.

C’est en 1976 qu’un virus avec un taux de létalité effrayant s’est signalé au Zaïre, aujourd’hui RDC. Grâce au courage du Pr Muyembe qui fut le premier à se rendre sur le site de la toute première épidémie, le virus Ebola (FHVE) a été isolé. Le virus a été nommé Ebola en référence à une rivière passant près de la ville Yambuku dans le nord du Zaïre. Depuis cette première épidémie, des flambées sporadiques de la maladie a virus Ebola ont été notifiées en Afrique. Cependant, la plus meurtrière des épidémies fut celle de 2013 à 2016 en Afrique de l’Ouest et qui a occasionné plus de 11.300 morts. Cette épidémie aura démontré que la maladie à virus Ebola qui entre 1976 et 2012 n’avait jamais fait plus de 500 morts/épidémie était capable de frapper à grande échelle d’où la nécessité d’un vaccin.

Nombre de cas et de morts liés à Ebola depuis 1976 (Infographie Eburnie Today)

Au plus fort de la dernière épidémie d’Ebola concentrée en Guinée, au Libéria et en Sierra-Leone, trois candidats vaccins vont s’illustrer. Le rVSV-Ebov développé par l’Agence de Santé Publique du Canada et dont la licence appartient à Merck (Merck, Sharpe & Dohme), le ChAd3-Zebov de GlaxoSmithKline (GSK) et le Ad26.ZEBOV; MVA-BN®-Filo de Johnson & Johnson and Bavarian Nordic. Le MVA en ce qui concerne ce dernier vaccin est un boost administré en même temps que le vaccine pour maximisé son effet. De ces 3 vaccins, le rVSV-Ebov semble présenter les résultats les plus prometteurs. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le vaccin a été étudié dans le cadre d’un essai portant sur 11.841 personnes en Guinée, pendant l’année 2015.

« Parmi les 5.837 sujets ayant reçu le vaccin, aucun cas d’Ebola n’a été enregistré 10 jours ou plus après la vaccination. En comparaison, on a relevé 23 cas 10 jours ou plus après la vaccination chez les personnes n’ayant pas reçu ce vaccin » souligne le communiqué officiel de l’OMS.

Thierry Baldet, expert des maladies infectieuses en Afrique sub-saharienne et anciennement en poste au Centre de Recherche pour le Développement International au Canada (CRDI) au moment des essaies du vaccin indique que le principe utilisé pour avoir un résultat aussi important est celui du ring trial.

« Le vaccin a été dans un premier temps administré aux travailleurs de santé puis a suivi un essai en anneau que les anglais appellent communément ring trial. Cet essai en anneau consistait à vacciner au bas mot 100 contacts autour de chaque cas d’Ebola. Ce design vaccinal a prouvé une efficacité à 100% et les résultats ont été publié dans le journal scientifique The Lancet » souligne Thierry Baldet.

L’essai vaccinal dirigé par l’OMS conjointement avec le ministère guinéen de la santé, Médecins sans frontières, l’Institut norvégien de santé publique et d’autres partenaires internationaux ne fut pas une aventure de tout repos. Il aura fallu rassurer les populations guinéennes dans un contexte sanitaire déjà marqué par la stigmatisation des rescapés de la maladie et surtout les rumeurs les plus folles concernant Ebola.

Des campagnes de sensibilisation ont été organisée et les médias (radios communautaires) mis à contribution pour dissiper les craintes. Professeur Mehdi Kader Condé, chargé de cours de santé publique à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry et spécialiste africain de la vaccination se rappelle encore de ces séances publiques de vaccination. Il s’agissait d’un véritable exercice de transparence au cours duquel les plus sceptiques ont finalement changé de point de vue sur le rVSV-Ebov. Vacciné lui-même lors des essais, Professeur Mehdi Kader Condé décrit le rVSV-Ebov comme un vaccin ayant très peu d’effets secondaires, les mêmes que pourrait avoir n’importe quel autre vaccin existant.

C’est donc un pas important dans la lutte contre Ebola qui vient d’être fait même si des études supplémentaires sont en cours pour fournir « davantage de données sur l’innocuité du vaccin pour les enfants et d’autres populations vulnérables telles que les personnes vivant avec le VIH » indique l’OMS qui continue de travailler avec la firme Merck à la compilation des données. Les résultats de toutes ces études et recherches devraient appuyer les demandes d’autorisation dont la firme a besoin pour commercialiser le vaccin.

Voyant les résultats prometteurs du vaccin, l’Alliance mondiale du Vaccin (GAVI) a fourni en janvier 2016 la somme de 5 millions de dollars (US $) à Merck en prévision des futurs achats de ce vaccin, une fois qu’il sera approuvé, préqualifié et recommandé par l’OMS. « Dans le cadre de cet accord, la société Merck s’est engagée à garantir la disponibilité de 300.000 doses de vaccin pour une utilisation d’urgence pendant la période intermédiaire et à soumettre le vaccin pour autorisation d’ici fin 2017 » indique un communiqué de l’OMS. Le monde peut donc pousser un ouf de soulagement et espérer un avenir où la maladie à virus Ebola ne sera plus une fatalité.

SUY Kahofi

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