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Est-il vrai que ¾ des nouveaux électeurs inscrits sur la liste électorale sont des militants RHDP comme l’affirme Adama Bictogo ?

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Une déclaration attribuée à Adama Bictogo, PDG de Snedai group et Directeur exécutif du RHDP indique ¾ des nouveaux inscrits sur la liste électorale sont des militants du RHDP. Cette déclaration repris par de nombreux médias fait polémique. Eburnie Today a donc vérifié et il est techniquement et légalement impossible d’avoir de telles données. Voici pourquoi.

Dans cet article publié par le site koaci.com, Adama Bictogo, secrétaire exécutif du RHDP affirme que « Si on ramène seulement les objectifs par rapport au RHDP, il est difficile de se prononcer par rapport aux résultats de la CEI (Commission Electorale Indépendante ndlr) parce qu’il n’y a pas que le RHDP. Mais quand nous prenons nos données au regard des chiffres globalement de la CEI, je donne un exemple. S’il y a eu 400000 inscrits, je peux vous garantir que 300000 sont issus du RHDP. Parce que nous avons élaboré une méthodologie et une organisation (…) et nous avons des éléments indicateurs de ce que sur 400000, 300000 sont du RHDP ». Cette déclaration a été reprise dans cet article sur le site du quotidien L’Expression, journal proche du parti au pouvoir le RHDP.

Cette sortie du secrétaire exécutif du parti au pouvoir n’a pas manqué de faire réagir du côté de l’opposition. En effet, dans cet article publié sur le site yaclo.com, on peut lire que « Adama Bictogo (Cadre RHDP) vient de faire une grave déclaration qui, pour moi, pose les prémices d’un hold-up électoral lors des élections de 2020 » déclare M. Malan Aka, qui se présente comme un partisan de l’ancien président Laurent Gbagbo. Tandis que le site ivoirebusiness.net dans cet article signé d’un certain Mouhamadou Soumahoro, voit en cette déclaration « la preuve qu’une fraude électorale est en préparation par le RHDP ».

Des propos confirmés

A la question de savoir si M. Bictogo a effectivement tenu ces propos à lui attribuer par des médias, il n’y a aucun doute à répondre par l’affirmatif. En témoigne cette vidéo publiée le 26 juin sur la page Facebook de Rassemblement WebTV, dans laquelle Monsieur Bictogo confirme les propos relayés.

Il va réitéré ses propos quelques jours plus tard selon ce nouvel article du quotidien l’expression dans lequel l’on peut lire que « le Directeur exécutif Adama Bictogo a félicité tous les Coordonnateurs régionaux qui de par leur mobilisation, leur organisation, leur engagement ont permis au RHDP d’inscrire près de 800 milles militants RHDP sur la liste électorale ». Dans cet article publier le 27 juin puis mis à jour le premier Août, il apparait que l’on passe de 300 milles à 800 milles. La publication de la liste électorale provisoire par la CEI est passée par là.

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Un fait techniquement impossible dont la légalité pose question

Selon la CEI, la liste électorale provisoire 2020 compte 7 500 035 électeurs contre 6 595 790 en 2018, soit une évolution de 904 245 personnes. Avec ces chiffres, le RHDP n’a fait qu’appliquer les règles basiques des mathématiques pour trouver le nombre de ses militants parmi les nouveaux inscrits. Selon le principe expliqué par M. Bictogo, « ¾ des nouveaux inscrits sont militants RHDP ». Ainsi, s’il y a 400 milles inscrits, 300 milles sont RHDP. Et s’il y a un peu plus de 900 milles, ils sont donc 600 milles à être du RHDP. La question légitime que l’on se pose alors est de savoir s’il est possible de connaitre la couleur politique des personnes qui s’inscrivent sur la liste électorale.

La réponse de la Commission Electorale Indépendante est sans équivoque, « non, il n’est pas possible techniquement, de connaitre la couleur politique des personnes inscrites sur la liste électorale. En tout cas pas selon les données en notre possession dans le fichier électoral ». Et la CEI d’ajouter, « même si cela était possible techniquement, la question de la légalité d’une telle collecte de données se poserait. Et il n’est pas sûr que cela soit légal dans notre pays ».

Justement, sur la question de la légalité d’un tel procédé, le Dr Geoffroy Kouao, enseignant et auteur de plusieurs ouvrages sur la politique ivoirienne dont le dernier intitulé Côte d’Ivoire : une démocratie sans démocrates, va encore plus loin à travers cette démonstration. « L’un des moments sinon le moment le plus important dans une démocratie représentative, c’est le moment où les citoyens désignent leurs représentants ». Selon lui, il y a parmi ces moments-là, le moment de la désignation du président de la république dans les régimes présidentialistes comme c’est le cas en Côte d’Ivoire, est sans doute le moment le plus important.

« Le socle et tout le charme de ce moment c’est que les citoyens sont libres de faire un choix entre plusieurs offres. Ils font ce choix sans aucun risque de représailles puisque chacun est le seul à connaitre sur laquelle des offres en concurrence il porte son choix ». Pour le juriste, « ce qui garantit cette liberté de choisir sans risque de représailles est l’anonymat ». Cet anonymat est tellement important que même pour les personnes dont on devine le vote c’est-à-dire les candidats eux-mêmes, le vote se fait dans l’isoloir. C’est pourquoi il enchaine sur cette question rhétorique « comment voulez-vous dans ce contexte, qu’il soit légal que l’on sache le parti politique donc le vote des personnes dès leur inscription sur la liste électorale ? Juridiquement, c’est un non-sens ». Catégorique, il conclut « en tant que juriste, je confirme qu’une telle démarche est totalement illégale. Cela n’est même pas envisageable dans une démocratie ».

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Ainsi donc, il est techniquement impossible de connaitre le parti politique des inscrits sur la liste électorale selon la CEI. Et il est même illégal de chercher à collecter ce genre de données dans un Etat de droit. Malgré cela, le secrétaire exécutif du parti au pouvoir indique que ¾ des nouveaux inscrits sur la liste électorale provisoire soit plus de 800 milles individus sont issus de son parti. Et il semble sûr de son fait. Mais alors pourquoi ?

« La méthodologie » en question

Dans sa déclaration diffusée sur la chaine Rassemblement webtv, M. Bictogo indique que son parti a mis en place « une méthodologie » qui lui permet d’avancer ces chiffres sans risque de se tromper. Dans l’impossibilité de le joindre en personne pour évoquer cette méthodologie, l’on a pu échanger avec une source au sein du parti sur cette « méthodologie » mis en avant par le Directeur exécutif du parti au pouvoir.

Pour comprendre cette « méthodologie », il faut remonter à une autre polémique. Celle sur le paiement de la somme de 5 000 FCFA pour se faire établir une carte nationale d’identité. « Tout par de là » commence notre source au sein du parti. Elle poursuit « le parti a mobilisé les militants à s’inscrire et d’autres personnes en payant les 5 000 FCFA pour la carte nationale d’identité. Ainsi on enregistre les personnes auxquelles on donne les 5 000 FCFA pour la carte d’identité qui vont ensuite se faire enrôler sur la liste électorale ». Serait-ce donc « la méthodologie » qui permet au directeur exécutif du RHDP d’affirmer que les ¾ des nouveaux inscrits sur la liste électorale sont des militants du RHDP ? Recontacté plusieurs fois, le chef de cabinet de M. Bictogo a promis une réponse qui n’est jamais venue.

Mais grâce à cette vérification, il est établi que M. Bictogo a bien tenu les propos relayés par des médias. Ensuite la CEI indique n’avoir aucune possibilité de connaitre la couleur politique des nouveaux inscrits sur la liste électorale à partir des données qu’elle collecte. Par ailleurs, selon un expert juriste, la collecte même de telles données serait totalement illégale dans une démocratie. Une source au sein du RHDP indique la méthodologie mis en place par le parti. Cela suffit-il à conclure que les chiffres avancés par le secrétaire exécutif Adama Bictogo sont faux ? Chacun fera son opinion au vu des éléments dans cet article.

Traoré Bakary

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