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Inondation à Abidjan : à qui la faute ? (1)

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Les premières grosses pluies qui sont tombées à Abidjan ont déjà occasionné des inondations et d’importants dégâts matériels notamment dans la commune d’Anyama où un impressionnant glissement de terrain a été signalé.

Au moins 13 morts ont été enregistrés dans un glissement de terrain à Anyama dans le quartier ‘Derrière rails’ jouxtant la voie ferroviaire emportant plusieurs habitations sous des tonnes de boue. Les images qui ont très vite fait le tour du web montre le flanc de colline affaissé et la boue étalée sur une centaine de mètre. Les populations ont accourue pour tenter de sortir les corps et les potentiels survivants des décombres.

L’image insolite des rails du chemin de fer Abidjan-Ouagadougou suspendus en l’air comme un pont rappelle l’impact du drame. Dans cette zone, le monticule de terre  haut de quatre à cinq mètres de hauteur sur lequel les rails étaient posés a littéralement disparu ! « Treize morts, c’est le bilan provisoire, les recherches continuent », a déclaré le préfet d’Abidjan, Vincent Toh Bi au sujet du drame de Derrière rails un quartier situé dans une zone inondable et inconstructible mais habitée depuis des années par des familles démunies.

L’antre des pluies diluviennes

Le Grand Abidjan est de loin la zone géographique de Côte d’Ivoire les plus arrosée. Les rapports de la SODEXAM précisent que malgré le réchauffement climatique et la baisse généralisée des précipitations, les épisodes pluvieux du Grand Abidjan se situent entre 100 et 130 jours par an. La hauteur moyenne annuelle de pluie est de 1739 mm calculée sur la période de 1971 à 2000 soit 30 ans. Le niveau des précipitations baisse de façon globale au fil des années mais les pluies sont de plus en plus caractérisées par leur violence et cet effet vicieux d’inondation par débordement.

En effet, la construction d’Abidjan a conduit à l’assèchement de plusieurs bras de petits cours d’eau dont un nombre important convergeaient vers le bassin du gourou (28,6 km² de la zone urbaine d’Abidjan). L’eau tente d’emprunter les voies naturelles mais la modification du relief et les activités humaines, l’oblige à passer en force dans certaines zones qualifiées alors d’inhabitables et inondables. Des zones impropres à toute présence humaine mais qui hélas sont encore habités en dépit des mises en garde des autorités ivoiriennes.

Incivisme persistant

Comme le quartier Derrière rails d’Anyama, un nombre important de zone à Abidjan sont inondables et inconstructibles. Un document des Nations Unies datant de 2014 et consulté par Eburnie Today laisse entendre que 26% de la superficie du Grand Abidjan est inondable. Sur la carte consultée, on remarque clairement que Cocody et Attécoubé sont les quartiers le plus exposés. D’ailleurs le plan directeur du Grand Abidjan délimite clairement ces zones inondables.

Concernant celles qui sont inhabitables, le gouvernement a déjà lancé plusieurs opérations de déguerpissement. Malheureusement les populations reviennent les recoloniser systématiquement. Une fois les bulldozers partis, les familles défavorisées reviennent sur les sites s’exposant aux effets des pluies diluviennes. Mais cet incivisme ne se limite pas là. Il nous a été donné de constater que dans les nombreux programmes urbains qui poussent à Abidjan avec des duplexes et autres villas luxueuses, les caniveaux et autres systèmes d’évacuation d’eau n’ont pas été prévus.

Pour maximiser l’espace habitable sur un terrain à bâtir, les opérateurs immobiliers ont sacrifié les ouvrages d’évacuation et de drainage. Résultat : c’est dans les quartiers dit huppés d’Abidjan que les maisons se retrouvent très vite sous les eaux. L’exemple de la Rivera CIAD est peut être cité. Un quartier construit sans caniveaux où chaque propriétaire tente d’orienter les tuyaux d’évacuation d’eau fluviale à sa guise avec des puits perdus creusés pratiquement dans les rues et les espaces verts inexistants. Le sempiternel problème des constructions sur les caniveaux, des dépotoirs qui obstruent les buses, des vidanges de puits perdus à ciel ouvert, du raccordement des puits perdus aux caniveaux…sont d’autres actes d’incivisme quasi quotidien et qu’Abidjan paie cash en saison des pluies.

Les graves inondations avaient causé la mort de 18 personnes en juin 2018. En 2017, les pluies avaient fait 15 morts entre mai et juin à Abidjan. En juin 2015, 16 personnes étaient mortes. Et le 19 juin 2014, 23 personnes avaient péri dans des glissements de terrain. Le seule journée du 24 juin 2010, Abidjan signale au moins 11 morts. Le plus lourd bilan remonte au 29 mai 1996, où des pluies diluviennes avaient fait 28 morts à Abidjan. Entre 2010 et fin 2019, c’est donc en moyenne une dizaine de personnes qui perdent la vie chaque année à Abidjan à cause des intempéries.

La négligence du ‘qui doit faire quoi’

Abidjan est une zone de forte pluviométrie : on n’y peut rien. La ville est appelée à se développer : c’est un fait. Les populations doivent éviter les zones à risque : c’est une évidence. Les Abidjanais doivent faire preuve de civisme : ce serait l’idéal. Mais qui doit veiller aux travaux d’entretien des canalisations et qui doit veiller à ce que les zones à risque ne soient plus recoloniser ? La réponse est moins évidente.

Dans un pays où un nombre incalculable d’agences gouvernementales opèrent sur des espaces quasi similaires avec des prérogatives souvent difficiles à délimiter, les communes ne savent à qui s’adresser quand elles-mêmes ne sont pas harcelées par des riverains se plaignant de caniveaux bouchés ou de buses défectueuses. A défaut de savoir qui fait quoi, Abidjan passe pratiquement l’année dans l’inaction des mairies et des agences nationales en charges du drainage et de l’assainissement. Résultat : les années se succèdent et se ressemblent avec les mêmes dégâts liés aux inondations. N’est-il pas temps de changer la donne ?

Anderson Diédri, Traoré Bakary & Ebony T. Christian

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