L'actualité ivoirienne sans coloration politique

Pourquoi le championnat national de foot n’attire plus les foules ?

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L’époque où les stades étaient pleins à craquer lors des matchs de football semble révolue. Les matchs du championnat national de Côte d’Ivoire n’attirent qu’une poignée de fanatiques du ballon rond. Qu’est ce qui peut bien expliquer cette situation ? Les supporters ivoiriens avancent leurs explications.

C’est devant un maigre public, moins de 3.000 spectateurs, que s’affrontent l’Asec Mimosas et l’Africa sport, deux clubs qui ont une histoire et qui sont de loin les plus importants du championnat national. Dans un passé pas si éloigné ces deux clubs jouaient à guichet fermé au stade Félix Houphouët Boigny fort de ses 45.000 places. Difficile de croire qu’en à peine 20 ans le football ivoirien a perdu un nombre aussi important de fans.

« Bon…le championnat national ne dit plus rien à personne » se désole Kouassi Koffi Georges un fervent supporter de l’Asec d’Abidjan qui semble avoir une explication au manque de spectateurs dans les stades de la capitale économique ivoirienne et aussi ceux de l’intérieur du pays. Le football c’est avant tout « un beau spectacle et des stars » malheureusement les férus du ballon rond « ne trouvent plus leur compte » sur ces deux aspects du football ivoirien.

« Nous avons eu une belle génération de footballeur à l’Asec avec le groupe des Yao Kouassi Gervais, Yaya Touré et les autres de l’académie Mimos-Sifcom. Mais aujourd’hui ils sont tous partis et l’Asec ‘vend’ à l’extérieur les quelques graines prometteuses » explique Inza Coulibaly un autre actionnaire (supporter de l’Asec).

« Cette belle époque » dont parlent les supporters de l’Asec était en effet un véritable âge d’or du championnat ivoirien en ce qui concerne ces vingt dernières années. Car depuis l’indépendance de la Côte d’Ivoire, le football ivoirien a toujours drainé du monde vers les stades. A chaque décennie, deux clubs tenaient toujours le public en haleine se souvient Kassoum Ouédraogo, un ressortissant burkinabé installé dans le quartier de M’pouto (Abidjan-nord) depuis les 60.

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« Avant, l’Asec Mimosas qui est un grand club aujourd’hui n’était pas aussi célèbre. Le championnat était dominé par des équipes comme l’Africa ou le Stade d’Abidjan » nous explique le vieille homme avant d’indiquer que « le stade était toujours plein » chaque dimanche ou samedi lors des rencontres. Au fil des années les choses ont visiblement changé. Les nouvelles orientations dans l’industrie du football au plan mondial ont aussi eu un impact au plan national. Les clubs produisent plus de pousses pour les championnats européens. Au-delà, les guerres de leadership à la tête des clubs de football ont fini par décourager de nombreux supporters.

« Chaque ivoirien se souvient de l’épisode Alexis Vagba contre Koné Cheick Oumar. Une guerre de clan pour le contrôle d’un club au sein de l’Africa notre famille. Il y a forcément des raisons de quitter le club et de ne même plus avoir envie de le soutenir. Les dirigeants pensent à eux et non au club » s’indigne Abran Doudou un woyé (supporters de l’Africa).

Un match du championnat national diffusé par le Groupe Canal (capture d’écran)

Au-delà des problèmes propres aux clubs, le championnat national souffre d’un manque « criard de promotion dans les médias » note Daniel Akpa un enseignant. « La RTI avait pendant un bon bout de temps arrêté de diffuser les rencontres du championnat national » fait-il remarquer avant d’indiquer que le retour de la télévision nationale ivoirienne sur les stades est surtout « dicté » par l’offensive du Groupe Canal qui avec « une meilleure qualité d’image, de son et d’analyses » attire plus de téléspectateurs. Ceci est la preuve selon lui « que le championnat peut encore attirer les ivoiriens ».

« Notre propre championnat c’est ‘télé des blancs’ qui va venir nous montrer ça. Quand c’est la politique la RTI est chaud chaud mais il n’y a rien pour le sport. Et puis les gens de Canal ils t’apprennent des choses sur nos propres joueurs » indique Karim Doumbia, commerçant à Treichville.

Pour ramener les ivoiriens dans les tribunes, c’est toute la politique du football ivoirien qu’il faut repenser reste convaincu Arsène Assouan, un professeur d’éducation physique et sportive. Pour avoir des matchs qui attirent du monde il faut de « bons joueurs dans le championnat national » et pour avoir de bons joueurs « il faut de bons salaires par conséquent des sponsors prêts à accompagner les équipes ».

L’idée d’un « sponsor leader pour tout le championnat est donc à revoir ». M. Assouan préconise aussi plus de marketing de la part de la FIF (Fédération Ivoirienne de Football), de retransmissions des rencontres et « une politique de prix bas pour l’accès aux stades quitte à se rattraper sur les recettes lors des rencontres de l’équipe nationale » qui attirent plus de monde.

Les données les plus récentes de la FIF pour la saison 2016 de football font état de 39.938 spectateurs qui ont assisté aux matches de la phase aller de la Ligue 1 contre 21.646 en 2016. Cette relative hausse a permis d’engranger 22 millions FCFA de recette contre 15,172 millions FCFA d’une saison à l’autre soit une hausse de 47%. Le championnat national, sous réserve d’un meilleur marketing peut donc attirer encore les foules.

SUY Kahofi

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