L'actualité ivoirienne sans coloration politique

Quand Yodé et Siro choquent les adeptes du rattrapage ethnique

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L’album Héritage de Yodé et Siro attendu par les amoureux du zouglou semble tenir toutes ses promesses si l’on s’en tient aux commentaires qui accompagnent le lancement officiel de l’opus. Le titre qui défraie la chronique ‘On dit quoi ?’ relance le débat sur la thèse du rattrape ethnique.

A écouter et réécouter le titre, le zouglouphile averti se demande s’il y a réellement quelque chose de nouveau sous le soleil d’Abidjan ? Yodé et Siro sont droits dans leurs bottes et ne semblent pas avoir changé de cap en ce qui concerne leur manière de critiquer les régimes qui se succèdent à la tête de la Côte d’Ivoire. Sur l’album Antilaleca, ils n’ont pas manqué de rappeler au président Laurent Gbagbo (à peine arrivé au pouvoir) ses obligations envers le peuple et ses promesses de campagne à travers le titre ‘Bonne arrivée. La partition du pays liée à une rébellion menée par Guillaume Soro et les actes de mauvaises gouvernances observés ici et là vont pousser le duo à interpeller le patron du régime de la refondation à travers le titre ‘Le peuple te regarde’ et la phrase sans langue de bois : « Si tu as choisi voleur, on va t’appeler voleur ».

Hier, les opposants qui dirigent aujourd’hui la Côte d’Ivoire semblaient se délecter de ce titre. Mais aujourd’hui l’injection zougloutique de Yodé et Siro passe mal chez ceux qui sont désormais aux affaires. Le titre ‘On dit quoi ?’ suscite la colère de nombreuses personnes se réclamant du nord de la Côte d’Ivoire ou proches du régime du RHDP. Le couplet qui fâche sur une longue liste de situations que le groupe fustige est en lien avec la thèse du rattrapage ethnique. Les deux artistes indiquent :

« Plus de 60 ethnies dans notre pays. Aujourd’hui du rez de chaussée jusqu’au dernier étage, du gardien jusqu’au directeur, si ce n’est pas les Bakayoko ou bien Koulibaly seulement qui mangent ».

Les deux artistes sont depuis lors traités de tous les noms et leur album présenté comme un outil à motivation politique à quelques mois de la présidentielle. Mais peut-on réellement dire que Yodé et Siro sont les premiers à dénoncer la gestion clanique du pouvoir ? D’autres avant eux l’ont fait au-delà des journalistes dont de nombreux articles dénoncent un concept identitaire et tribal.

Gaha Bi Loukou, Tata Kôkôtré et d’Océane Siloué dans leur œuvre ‘Côte d’ivoire Le « Rattrapage Ethnique » sous Alassane Ouattara’ (Edition L’Harmattan) critiquent ouvertement cette culture qui consiste à diriger avec une seule ethnie et les dangers que cela représente pour un pays en proie avec les démons de la division après l’échec d’un processus de réconciliation. D’ailleurs Yodé et Siro rappellent qu’on « ne se réconcilie pas en mettant les gens en prison, le pays a besoin de tous ses enfants pour la vraie réconciliation ».

Une vraie réconciliation qui de l’avis de plusieurs ivoiriens – qui ne sont ni de droite ni de gauche – n’a jamais été effective. Sans nul doute que la thèse du rattrapage ethnique aura créé une profonde frustration chez de nombreux ivoiriens mais visiblement pas chez ceux qui en profitent. La haine prêchée contre les deux artistes ne change rien au succès de leur album et au caractère véridique de leurs propos qui ne sont pas chantés dans un objectif de diviser mais d’amener les dirigeants à faire attention à la frustration d’une frange d’ivoiriens.

Ebony T. Christian

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