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La ‘réouverture’ du dossier Probo Koala

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La Côte d’Ivoire ne semble pas avoir enterré pour de bon les démons du Probo Koala et cela 12 ans après le passage du navire battant pavillon panaméen à Abidjan. Le rapport d’ONU Environnement et la récente conférence de presse de la Coordination nationale des victimes des déchets toxiques de Côte d’Ivoire (CNVDT-CI) semblent rouvrir le dossier d’un scandale environnemental et humain qui aura occasionné des milliers de victimes.

L’ombre des déchets toxiques du Probo Koala a toujours plané sur la capitale économique ivoirienne. Et pour cause, les odeurs nauséabondes dont les abidjanais se plaignaient après les fortes pluies étaient souvent associées – à tort ou à raison – à ce scandale écologique. Akouédo, Abobo Sagbé, MACA, Plateau Dokui, Vridi Canal…la grande majorité des ivoiriens ont toujours été convaincus que les résidus des déchets toxiques du Probo Koala ‘sommeillaient’ encore sur tous ces sites pollués. La psychose des eaux, poissons et cultures contaminées a été omniprésente dans l’imaginaire populaire avant de disparaître petit à petit.

12 ans après le passage du Probo Koala, l’audit d’ONU Environnement réalisé à la demande du gouvernement ivoirien semble dissiper les inquiétudes. 130 échantillons de fruits et légumes, de sol, de sédiments et de mollusques ont été prélevés sur 18 sites à Abidjan et banlieue en juillet 2016 puis janvier 2017. Les prélèvements analysés dans des laboratoires accrédités au plan international ont permis d’évaluer l’état de contamination des sites de déversement.

Selon les conclusions de l’audit environnemental « aucun des sites où les déchets issus du Probo Koala ont effectivement été déversés ne présente une contamination supérieure aux seuils établis par le Gouvernement de la Côte d’Ivoire pour la dépollution. Par conséquent, aucun de ces sites ne nécessite une intervention complémentaire, même au regard des valeurs d’intervention néerlandaise, qui sont parmi les directives les plus fréquemment utilisées à travers le monde pour la gestion et la dépollution des sites contaminés ». Malgré cette conclusion plutôt rassurante, le rapport de l’audit fait d’importantes recommandations en ce qui concerne « d’autres pollutions spécifiques » notamment sur les sites de déversement de Koumassi et d’Akouédo.

Pour consulter le rapport de l’audit : https://www.unenvironment.org/fr/resources/audit-environnemental-des-sites-affectes-par-le-deversement-de-dechets-toxiques-issus-du

Ce rapport vient mettre fin à une longue période d’incertitude sur les conséquences du déversement des déchets toxiques du Probo Koala 12 ans après les faits. Cependant, l’audit environnemental des sites affectés par le déversement des déchets toxiques du Probo Koala ne met pas fin au débat. Reste la question des victimes qui est au cœur d’une bataille juridique menée depuis plusieurs années par la Coordination nationale des victimes des déchets toxiques de Côte d’Ivoire (CNVDT-CI). Sur le sujet, les nouvelles semblent bonnes si l’ont s’en tient aux propos du président de la CNVDT-CI.

Face à la presse ce 03 février 2018, Claude Gohourou a indiqué que le collectif d’avocat qui représente les victimes négocie auprès de l’entreprise Trafigura le paiement de la somme de 706 milliards f CFA pour l’indemnisation de quelques 220.000 victimes. La CNVDT-CI, qui procède au contrôle et à la validation du nombre final de victimes qui devront bénéficier de cette indemnisation, annonce la fermeture de la liste des bénéficiaires pour le 09 mars 2018. Les victimes peuvent encore se faire identifier sur présentation des preuves en leur possession. Si cette procédure aboutissait au décaissement effectif des 706 milliards f CFA, elle permettrait à certaines victimes de toucher pour la première fois cette indemnisation promise il y a 12 ans !

Notons que la Coordination nationale des victimes des déchets toxiques de Côte d’Ivoire a lancé deux procédures afin de permettre aux victimes d’entrer en possession de leur dû. L’une au « tribunal d’Amsterdam aux Pays-Bas et l’autre au tribunal du pole financier à Paris en France » précise Claude Gohourou.

SUY Kahofi

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