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Existe-t-il deux versions du vaccin de l’Université d’Oxford comme le prétend Nathalie Yam ?

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Dans une vidéo qui circule très largement sur les réseaux sociaux et notamment WhatsApp, Nathalie Yam, plus connu sous le pseudonyme de la Dame de Sochi affirme qu’il existe deux versions du vaccin contre la Covid-19 développé par l’Université d’Oxford. Cette affirmation fait suite à la décision de l’Union Européenne (UE) de ne pas reconnaitre – pour l’instant – le vaccin Covishield sur son pass sanitaire.

Que dit concrètement Nathalie Yam ? « Si vous ne le comprenez toujours pas, je vais vous le traduire en français facile. Ils ont développé, sous la même marque, un vaccin pour l’Europe et un vaccin pour l’Afrique. Et aujourd’hui, ils disent que pour être autorisé à voyager tranquillement en Europe avec le passeport sanitaire qu’ils introduisent, ils reconnaissent la version pour les blancs mais pas la version pour les nègres ».

Analysons de près ces propos. A quoi renvoie dans un premier temps la notion de « même marque » ? Elle pourrait designer deux choses : le même vaccin ou la même molécule. La notion de « même marque » ne pourrait définir dans cette vidéo les entreprises qui produisent le même vaccin puisque l’objectif de l’auteur de la vidéo est de montrer qu’il existe deux versions d’un même vaccin. De quel vaccin il s’agit donc ? A l’origine le vaccin a été appelé ChAdOx1 nCoV-19 et développé par l’Université d’Oxford. Comme plusieurs autres vaccins contre la Covid-19, il a été développé à une vitesse sans précédent. Les données relatives au vaccin et rendu public indique que le ChAdOx1 nCoV-19 est fabriqué à partir d’un virus génétiquement modifié qui provoque le rhume chez les chimpanzés. Il a été fortement modifié, d’une part pour qu’il ne puisse pas provoquer d’infections chez l’homme et, d’autre part, pour qu’il ressemble davantage à un coronavirus.

C’est ce vaccin qui est donc produit par deux entreprises différentes : le Serum Institute of India (SII Inde) et AstraZeneca. En sortant de deux entreprises différentes le vaccin est-il amené à changer ou à être considéré comme ayant deux versions ? A cette question, AstraZeneca répond NON et précise comment le SII Inde s’est retrouvé engager dans la production du vaccin développé par l’Université d’Oxford. « Afin de respecter son engagement à favoriser un accès large et équitable au plus grand nombre possible de personnes dans le monde, quel que soit leur lieu de résidence, AstraZeneca a signé des accords de sous-licence avec des organisations compétentes et établies dans des pays disposant de capacités de production à grande échelle, comme le Serum Institute of India (SII) en Inde. Ces organisations gèrent la fabrication et la répartition de leur approvisionnement en vaccins » indique Eveline Hyde, Responsable de la communication du Cluster africain de AstraZeneca dans un courrier adressé à Eburnie Today.

Elle précise par la suite que SII Inde « a choisi d’appeler le vaccin qu’il produit COVISHIELD™. COVISHIELD™ (fabriqué par SII) et COVID-19 Vaccine AstraZeneca (fabriqué par AstraZeneca) sont le même vaccin développé par l’Université d’Oxford » rassure notre interlocuteur. Le son de cloche est le même du côté de l’Organisation mondiale santé (OMS) dont une équipe à Genève est en charge de faire une revue des données relatives aux vaccins contre la Covid-19. L’OMS a donc donné son accord pour une utilisation d’urgence du vaccin développé par l’Université d’Oxford à la suite d’un travail de vérification de ses équipes.

Cette démarche a pour objectif d’appuyer les pays n’ayant pas les moyens ou l’expertise nécessaire pour ce type d’études d’avoir en leur possession des résultats capables de les rassurer quant à l’utilisation d’un vaccin. Cette donc après ces analyses que l’OMS a conseillé le Covishield aux pays membres de l’organisation. « Il s’agit du même vaccin : c’est seulement les procédures de partage de données qui n’ont pas ciblé le vaccin produit en Inde. Ce n’est pas du tout parce que c’est un vaccin inférieur produit pour l’Afrique » précise Dr Matshidiso Moeti, Directrice de l’OMS pour l’Afrique (conférence de presse virutelle OMS Afro 15 juillet 2021).

Covishield : un vaccin produit pour l’Afrique ?

Le vaccin contre la Covid-19 a contribué à sauver des dizaines de milliers de vies et à prévenir des milliers d’hospitalisations depuis le début de la pandémie. Le vaccin produit par AstraZeneca et ses partenaires représente environ 90 % de l’approvisionnement en COVAX à ce jour, avec plus de 80 millions de doses livrées dans 127 pays, dont plus de 38 pays africains. Partant de ces chiffres, il est important de préciser que « le Covishield n’a pas été spécifiquement produit pour l’Afrique et n’est pas seulement utilisé en Afrique » nous explique Andrei Muchnik du service des Relations avec les médias de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pour avoir une vue d’ensemble du nombre de pays utilisant le Covishield, les rapports de la Joint Allocation Taskforce (JAT) sur la distribution des vaccins sécurisés de la Facilité COVAX peuvent être consulté en ligne. Des pays comme le Cambodge, les Maldives, la Bolivie ou encore le Nicaragua utilisent le Covishield dans leurs campagnes nationales de vaccination contre la Covid-19.

Tout semble donc être une question de procédure avec le Covishield et c’est aussi ce que martèle l’Agence européen du médicament (EMA). L’EMA ne tergiverse pas sur une question de version d’un même vaccin mais ses décisions concernent l’accès au marché européen du médicament. « Le seul vaccin COVID-19 d’AstraZeneca pour lequel une demande d’autorisation de mise sur le marché a été soumise et évaluée par l’EMA, conduisant à son autorisation dans l’UE, est Vaxzevria (anciennement Vaccin COVID-19 AstraZeneca). Cela signifie que, pour le moment, le Covishield, fabriqué par le Serum Institute of India, n’est pas couvert par une autorisation de mise sur le marché de l’UE » souligne Ondrej Blazek du service Médias et relations publiques de l’EMA. Lors de son point de presse du 15 juillet 2021, l’Agence européen du médicament précise ceci : « que pour que le vaccin COVID-19 Covishield soit évalué en vue d’une utilisation dans l’UE, le développeur devrait soumettre une demande d’autorisation de mise sur le marché à l’EMA, qui n’a pas encore été reçue à ce jour ».

Au-delà « la législation européenne exige que les sites de fabrication et le processus de production soient évalués et approuvés dans le cadre du processus d’autorisation des médicaments/vaccins utilisés dans l’UE. Même si Covishield utilise une technologie de production analogue à celle du vaccin Vaxzevria d’Astra Zeneca approuvé par l’UE, le Covishield et/ou les sites de fabrication où il est produit ne sont pas actuellement approuvés par la réglementation européenne ».

Des restrictions de voyage liés au Covishield

En ce qui concerne les questions relatives aux voyages pendant la pandémie de COVID-19, l’EMA indique qu’elle est chargée de l’évaluation scientifique des médicaments/vaccins liée à leur autorisation de mise sur le marché dans l’UE pour leur utilisation dans les campagnes de vaccination dans les États membres de l’UE. L’agence n’est pas responsable des décisions concernant les voyages au sein de l’UE et des conditions de voyage associées à la vaccination contre la Covid-19 comme le certificat numérique COVID de l’UE. Cette question relève de la compétence de la Commission européenne et des États membres individuels. A ce niveau, 15 pays de l’UE dont la France et la Belgique reconnaissent désormais le vaccin Covishield.

A la question de savoir si existe deux versions du vaccin de l’Université d’Oxford, les sources consultées et les demandes d’information nous donnent de répondre par la négative. L’OMS et AstraZeneca soulignent qu’il n’y a pas deux versions du même vaccin. Existe-t-il sous « la même marque, un vaccin pour l’Europe et un vaccin pour l’Afrique ? » Non, le Covishield n’a pas été produit de façon spécifique pour l’Afrique et les pays africains ne sont pas les seuls à l’utiliser.

Suy Kahofi avec le soutien de l’OIF, Mécanisme de lutte contre l’infox

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