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La Côte d’Ivoire à l’heure de la vidéo-verbalisation

Un dispositif déployé pour lutter contre l’incivisme sur les routes ivoiriennes

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Dans le cadre de son programme national de lutte contre l’incivisme sur les routes, le gouvernement ivoirien a décidé d’instaurer la vidéo-verbalisation deux semaines seulement après le retour de l’alcootest. Qu’en pensent les usagers ? Elément de réponse dans ce reportage de Suy Kahofi.

La vidéo-verbalisation est un système de sécurité et de contrôle routier qui fonctionne grâce aux dispositifs de vidéosurveillance installés dans l’espace public. Il permet notamment à un agent assermenté de constater sur un écran de contrôle une infraction au code de la route, d’en décider de la nature et des sanctions encourues.

La vidéo-verbalisation peut – selon les pays – nécessiter ou pas l’interception du conducteur. Dans l’un ou l’autre des cas, la vidéo-verbalisation reste un outil important de lutte contre les infractions routières et les autorités ivoiriennes espèrent qu’elle aidera à freiner l’incivisme et les accidents de la route dans un pays où le facteur humain représente 92% des causes des accidents.

« Les données générales indiquent que le facteur humain représente, à lui seul, 92% des accidents, les défaillances mécaniques ne représentent que 6% des accidents. La dégradation de la chaussée qui était l’un des facteurs importants ne représente que 1% des causes des accidents. Face à ce tableau préoccupant, le gouvernement a choisi de faire de la lutte contre l’insécurité routière, une grande cause nationale, parce que chaque vie humaine compte » a indiqué le Premier ministre Patrick Achi lors du lancement de la campagne nationale de sensibilisation sur la sécurité routière.

Accidents de la route : le gouvernement annonce une phase de répression

Pour lutter plus efficacement contre l’incivisme et améliorer la sécurité sur les routes, la Côte d’Ivoire s’est dotée d’une stratégie nationale de sécurité routière adoptée le 7 juillet 2021 en conseil des ministres avec une enveloppe d’exécution de 5 milliards de FCFA. Les grands axes de cette stratégie portent sur la sensibilisation des usagers, le retour de l’alcootest, la fin des plaques d’immatriculation banalisées, la réforme du permis de conduire ou encore le port obligatoire du casque pour les deux roues.

Ces mesures viennent s’ajouter à la limitation de l’âge d’importation des véhicules et désormais la vidéo-verbalisation. Depuis le 7 septembre, le dispositif vidéo est déployé et actif dans le Grand Abidjan qui totalise 41% du nombre de tués sur les routes en Côte d’Ivoire.

« Durant 6 mois, nous avons sensibilisé les transporteurs et les conducteurs pour qu’ils puissent se mettre en règle. Aujourd’hui, tous les conducteurs ayant un comportement dangereux, ne possédant pas des véhicules aux normes ou des documents conformes, sont dans l’illégalité. Les négligences de certains causent la mort d’autres personnes. Nous ne pouvons plus accepter de perdre des vies », a déclaré Amadou Koné, ministre des Transports de Côte d’Ivoire.

Un moyen de lutte contre les accidents de la route

Les dispositifs de vidéo-verbalisation comprennent des radars fixes et mobiles embarqués, des véhicules avec les équipes de la Gendarmerie nationale et de la Police nationale ainsi que des caméras de vidéo-verbalisation situées principalement sur les axes réputés être des zones accidentogènes.

Les agents assermentés pourront traquer l’incivisme depuis leurs écrans (photo DR)

Les éléments de la police et de la gendarmerie vont traquer principalement des manquements très fréquents au code de la route que sont le non-respect des signalisations, le non-respect des vitesses maximales autorisées, les véhicules en circulation et n’étant pas aux normes (absence de rétroviseurs, de plaque d’immatriculation, de phares et feux) et la non-régularité des pièces afférant du véhicule. Le déploiement de la vidéo-verbalisation semble déjà être une arme dissuasive.

« Comme vous pouvez le constater, nous avons de nombreux collègues qui ne sont pas venus travailler aujourd’hui parce que bon nombre d’entre eux ont des véhicules qui n’ont pas de documents en règle comme l’assurance, la visite technique ou même le permis de conduire qui fait défaut chez certains conducteurs » nous indique Kassoum Konaté chauffeur de taxi dans la commune de Yopougon.

Face à la grogne de certains chauffeurs qui ont préféré rester au garage « pour éviter les problèmes », Kassoum Konaté reste convaincu que la décision du gouvernement visant à déployer la vidéo-verbalisation n’est pas une opération punitive lancée contre les transporteurs mais plutôt un moyen de rendre les routes ivoiriennes plus sûres. « La vidéo-verbalisation concerne tout le monde » conclu notre interlocuteur.

Grogne chez les transporteurs

Le secteur des transports en commun a particulièrement été secoué par le déploiement de la vidéo-verbalisation. Le nombre de taxi inter communaux, de mini-bus et taxi communaux en circulation depuis le 7 septembre est en forte baisse.

« Les chauffeurs ont peur de voir leurs véhicules qui ne sont pas aux normes finir à la fourrière et leur absence entraine de longue file d’attente sur les gares routières. Il faut patienter plus longtemps après le boulot pour pouvoir regagner son domicile » se désole Ehouman Thierry. Le jeune manutentionnaire en zone industrielle de Vridi souligne néanmoins qu’entre les longues attentes et la sécurité qu’apporte la vidéo-verbalisation, il n’y qu’un seul choix à faire : celui de la sécurité routière.

« Il y a trop de mauvais comportements sur la route et si la vidéo-verbalisation doit créer ce sentiment de peur chez les mauvais chauffeurs ; je pense que c’est une bonne chose » se réjouit Kouassi Paulette. L’enseignante qui réside dans la commune marchande de Treichville espère que la phase de répression contre l’incivisme sur les routes va perdurer et surtout résister à l’érosion de corruption et du favoritisme. En effet pour de nombreux ivoiriens qui saluent l’action du gouvernement, le racket des forces de l’ordre sur les routes est l’un des facteurs qui plombe le procesus visant à mettre fin à l’incivisme sur les routes.

« Il y a beaucoup de pression sur les automobilistes avec les dernières mesures du gouvernement visant à freiner l’incivisme sur les routes. J’espère que les propriétaires des véhicules vont se mettre en règle vis-à-vis de la loi et que les chauffeurs sans permis de conduire ne seront plus autorisés sur nos routes : il y va de la sécurité et du bien-être de nos concitoyens » avance optimiste Gérard Konan, téléconseiller dans la commune de Cocody.

Si dans l’ensemble les usagers se réjouissent de l’avènement de la vidéo-verbalisation, c’est bien parce que les routes ivoiriennes sont particulièrement meurtrières. Les accidents de la route occasionnent en moyenne 600 morts et 13 000 blessés chaque année en Côte d’Ivoire. Ainsi entre 2006 et 2017, la Côte d’Ivoire a enregistré un total de 7 842 accidents pour 89 821 décès. Un bilan assez lourd qui oblige le gouvernement à agir.

« Lutter contre l’incivisme sur les routes, est une priorité nationale, alors, mobilisons-nous pour respecter et faire respecter les règles de sécurité routière. Je dis stop à l’incivisme sur la route et je vous invite à faire de même » réaffirme Amadou Koné, ministre des Transports de Côte d’Ivoire.

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