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La France incapable de sécuriser les JO ? Attention à la manipulation autour de la présence de forces étrangères en France

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Plusieurs publications identifiées sur les réseaux sociaux sont de nature alarmiste en ce qui concerne la sécurisation des Jeux olympiques Paris 2024. En effet, la présence de forces de sécurité étrangères donne lieu à toute sorte d’interprétations. Des internautes indiquent que la présence des forces étrangères sur le sol français place le pays « sous perfusion d’une police étrangère pendant les J.O ». A travers leurs commentaires, ils y voient une incapacité de la France à assurer la sécurité de cet évènement sportif. Attention à ne pas tomber dans la manipulation : l’action de la France s’inscrit dans le cadre de la coopération policière internationale lors des grandes manifestations sportives.

Des vidéos, des photos ou des captures d’écran partagées sur X (1, 2, 3) et Facebook (1, 2) montrant des forces de sécurité étrangères en France dans le cadre de la sécurisation des Jeux olympiques conduisent à des interprétations erronées sur le rôle de ces éléments venus de de l’extérieur pour appuyer leurs homologues français. Cette présence serait la preuve selon certains internautes que la France est incapable de sécuriser les JO.

Capture d’écran X réalisée le 26 juillet 2024

Le rapport sur l’organisation des jeux Olympiques publié le 11 janvier 2023 par la Cour des comptes française a révélé le défi sécuritaire que représente l’organisation de cet évènement sportif. Elle a notamment souligné que les effectifs de sécurité privée peuvent se montrer insuffisants et qu’il était important de réussir à maintenir un équilibre entre la sécurisation des JO et celle du territoire national français. « Planifier l’emploi des forces de sécurité intérieure en veillant à l’équilibre entre la couverture des besoins pour les Jeux et de ceux de la sécurité sur l’ensemble du territoire national » souligne le texte.

L’arrivée des forces étrangères s’inscrit de la cadre de ce renforcement de la sécurité autour des JO mais n’est pas le symbole de l’incapacité de la France à assurer la sécurité de l’évènement. Selon les informations recueillies sur le site du ministère français de l’Intérieur et des outres mer, de la Coordination nationale pour la sécurité des Jeux olympiques (CNSJ), de la Direction de la coopération internationale de sécurité (DCIS) et de différents médias, les effectifs venus de l’extérieur ne représentent que quelques 1.800 hommes et femmes officiellement assermentés par leurs pays d’origine dans le cadre de cette coopération sécuritaire internationale.

Ils seraient originaires d’une quarantaine de pays dont 31 Etats européens. Ces forces venues de l’extérieur, travaille en binôme avec leurs homologues français.

La France n’est pas une exception

Aucun pays dans le monde ne s’est jamais targué de pouvoir à lui seul assurer la sécurité des grandes manifestations sportives comme la coupe du monde de football, l’Euro ou les JO. La coopération policière internationale lors des grandes manifestations sportives n’est pas nouvelle et prend plusieurs formes. En ce qui concerne le déploiement de forces étrangères, la France n’est pas le premier pays à le faire.

En 2004 la Grèce avait autorisé la présence de 400 soldats des forces spéciales américaines sous le commandement de l’OTAN lors des Jeux olympiques d’été à Athènes du 13 au 29 août. La Grèce a signé des accords de coopération sécuritaire avec 22 pays.

Lors de l’Euro 2004 au Portugal, 120 policiers spoters (policiers physionomistes) européens étaient présents au Portugal pour aider à identifier les supporteurs violents. L’Otan a aussi apporté son assistance pour le contrôle de l’espace aérien portugais avec ses avions radars Awacs.

Lors du Mondial de football de 2022, c’était la France qui avait envoyé à Doha 220 membres de la gendarmerie nationale et de la sécurité civile. Les policiers français faisaient également partie des 350 policiers étrangers déployés en Allemagne pendant l’Euro.

La coopération policière internationale lors des grandes manifestations sportives ne se limite pas à la présence de forces de sécurité étrangère sur le sol du pays hôte de l’évènement. Elle se manifeste surtout par le partage d’information et de stratégie. Ce fut le cas en 1994 lors de la Coupe du Monde aux États-Unis. Le pays organisateur s’est tourné vers la coopération internationale – notamment européenne – pour mieux cerner la menace du hooliganisme.

La coopération sécuritaire lors des évènements sportifs a des avantages. Pour le pays hôte, la présence de forces étrangères en plus de renforcer la sécurité facilite la communication avec les différentes délégations venues d’ailleurs. Connaissant mieux leurs ressortissants, les forces étrangères sont des acteurs clés pour identifier les profils qui pourrait perturber la compétition. Ces forces pourront également apporter une meilleure assistance à leurs propres ressortissants qui assistent à l’événement.

Pour les pays partenaires, c’est un moment d’apprentissage et d’échange d’expérience en vue de mieux préparer les évènements sportifs qui pourraient se tenir sur leurs propres sols. C’est justement ce type de partenariat que L’Organisation internationale de police criminelle (INTERPOL) encourage à travers son projet Stadia. INTERPOL accompagne les pays hôtes lors des grandes manifestations sportives.

Traoré Bakary & Anderson Diédri

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