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Orpaillage clandestin : quand la répression vire aux violations des droits de l’homme

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Noufé Sansan, membre du Parlement ivoirien, a déclaré que des agressions présumées se sont produites en début de semaine dernière à Lagbo, un village de sa circonscription près de la frontière avec le Burkina Faso. Des femmes auraient été victimes de viol selon le député.

Cette affaire de descente ratée de l’armée ivoirienne sur un site d’orpaillage clandestin est une information qui tombe comme une douche froide pour le gouvernement ivoirien. Il y a deux semaines environ, le Conseil National de Sécurité (CNS) lors de sa rencontre du jeudi 4 novembre s’est félicité des résultats enregistrés dans la lutte contre l’orpaillage clandestin.

Une lutte menée avec en fer de lance la Brigade de Répression des Infractions au Code Minier (BRICM). Son action a permis au 31 octobre 2021 de démanteler 69 sites d’orpaillage illégal, de saisir 2610 g d’or, de détruire 8500 abris de fortune et d’interpeler 261 personnes. Au niveau du matériel d’exploitation, se sont 36 dragues, 40 broyeuses et 90 moulins qui ont été détruits. 91 pelleteuses, 153 treuils, 09 véhicules, 172 motos, 180 motopompes, 98 groupes électrogènes et 17 armes à feu ont été saisis.

Depuis la fin de la crise ivoirienne, le secteur minier reprend des couleurs. La production d’or en Côte d’Ivoire est passée de 24 tonnes en 2018 à plus de 32 tonnes en 2019. Cela représente une augmentation de 34 %. Les recettes fiscales liées à l’exploitation de l’or sont également passées de 56 milliards à 65 milliards de francs CFA. Mais l’orpaillage illégal crée un manque à gagner pour l’État. Quelques 479,22 milliards de francs CFA (958 millions de dollars) selon les dernières estimations du ministère de l’Industrie.

Plus inquiétant, un rapport d’International Crisis Group publié en 2019 souligne que plusieurs membres d’un groupe lié à Al-Qaida auraient admis avoir reçu une formation aux explosifs dans une mine d’or informelle située près de la frontière nord-ouest ivoiro-malienne. Dans un pays secoué par plusieurs attaques djihadistes ces dernières années, l’idée de groupes armés contribuant ou vivant de l’orpaillage clandestin n’est donc pas à écarter.

Les orpailleurs exploitent des enfants dans leurs mines (photo CC)

Si le gouvernement ivoirien a décidé d’accentuer la lutte contre ce fléau qu’est l’orpaillage clandestin, c’est bien parce que ses conséquences sont importantes voir désastreuses au plan socio-économique. Abandon scolaire, violence communautaire, tensions entre les chercheurs d’or et les agriculteurs, accaparement des terres et atteintes graves à l’environnement sont les maux de l’orpaillage clandestin.

Cependant, la répression de l’exploitation illégale de l’or en Côte d’Ivoire se transforme de plus en plus en violation des droits de l’homme. Bien avant les tristes évènements de Lagbo, les opérations de démantèlement des sites d’orpaillage ont donné lieu à des critiques sévères envers l’armée ivoirienne pour des cas présumés de racket, de passage à tabac et d’autres sévices corporelles.

La descente ratée de Lagbo qui a donné lieu à des plaintes pour viol contre les forces de sécurité ivoiriennes fait l’objet d’une enquête de la part du procureur de Bouna depuis le vendredi 19 novembre. Un nouveau cas de violation des droits de l’homme qui vient ternir l’image de l’armée ivoirienne dans sa politique de lutte contre l’orpaillage clandestin.

Suy Kahofi

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