free page hit counter
L'actualité ivoirienne sans coloration politique

Peut-on supprimer les péages ivoiriens comme au Ghana ? [Scan-ECO]

0

Depuis le jeudi 18 novembre à midi, les péages sur les routes et les ponts du Ghana ont officiellement cessé d’exister. Cette directive qui s’applique désormais dans ce pays ouest-africain résulte d’une décision du gouvernement ghanéen adoptée lors de la déclaration budgétaire de 2022 et présentée par le ministre des Finances au Parlement, mercredi. Peut-on en faire autant en Côte d’Ivoire ? Analyse…

La décision de supprimer les péages a été annoncée par Ken Ofori-Atta, ministre des Finances face aux parlementaires. Désormais, en lieu et place des péages, l’unité de régulation routière, la Motor Traffic and Transport Department (MTTD) de la police nationale du Ghana sera présente sur les défunts sites de péage pour assurer la sécurité. Une décision du gouvernement ghanéen qui fait rêver plus d’un automobiliste à Abidjan.

« Je serais très heureux si on pouvait faire la même chose en Côte d’Ivoire. Les quelques péages que nous avons ont fait grimper le prix du transport surtout ceux installés sur l’autoroute du nord. Si demain l’autoroute arrive à Bouaké, le coût du transport va encore grimper sur tout l’axe Abidjan-Ouaga ou Abidjan-Bamako » s’inquiète Losséni Camara chauffeur-routier.

Peut-on du jour au lendemain supprimer les péages ?

Pas si facilement selon Simon Mariwah, professeur associé de géographie de la santé et du développement au département de géographie et de planification régionale de l’université de Cape Coast (UCC), au Ghana. Il indique que le Ghana a imposé le péage sur ses routes bien longtemps avant la Côte d’Ivoire et ceci aurait sans doute permis au pays d’amortir les fonds injectés dans la construction de ces infrastructures.

« Tout dépend de la structure financière qui est le soubassement du projet routier. Si l’Etat et ses partenaires n’ont pas pu récupérer la mise de départ et les bénéfices projetés, il serait utopique de croire que les péages peuvent être levés aussi facilement » explique Professeur Simon Mariwah. Si par contre sans tenir compte de l’aspect financier un pays décide de supprimer les péages, c’est qu’il a d’autres moyens (ressources financières) pour amortir le projet.

Pourquoi le Ghana supprime ses péages routiers ?

Les raisons de la suppression des péages routiers ont été résumées succinctement aux pages 72 et 73, paragraphes 305 et 306, de la déclaration budgétaire et de la politique économique du Ghana. Dans un extrait vidéo traduit par Eburnie Today, on peut entendre le ministre des Finances Ken Ofori-Atta argumenter :

« Monsieur le Président, le gouvernement perçoit actuellement des fonds (péages) sur certaines routes publiques afin de lever des fonds pour la construction et l’entretien des routes. Cependant, au fil des ans, les points de péage ont entraîné une circulation intense de véhicules et un allongement du temps de trajet d’un endroit à l’autre, ce qui a eu un impact négatif sur le temps et la productivité. La congestion générée aux points de péage, en plus de créer ces désagréments, entraîne également une pollution dans et autour de ces zones ». (Paragraphes 305)

« Pour relever ces défis, le gouvernement va supprimer les péages sur toutes les routes et tous les ponts publics. Cette mesure prend effet dès que le budget est approuvé. Les points de péage seront supprimés et le personnel chargé de la perception des péages sera réaffecté. Cette politique devrait contribuer à réduire la congestion sur les routes à péage, à permettre la libre circulation des véhicules, à réduire la durée des trajets et la pollution causée par les émissions des véhicules dans et autour des points de péage. L’impact attendu sur la productivité et la réduction de la pollution environnementale fera plus que compenser le manque à gagner lié à la suppression des péages ». (Paragraphes 306)

Les arguments avancés sont donc d’ordres socio-économiques. Pour Professeur Simon Mariwah, la lenteur du trafic, les embouteillages, les pertes de temps et la pollution sont liés à l’étroitesse du sas de péage qu’à autre chose. La route se rétrécie au niveau des péages et le nombre de cabines de paiement est souvent insuffisants pour la vague de véhicules à l’arrivée.

La décision du Ghana de supprimer les péages aura une incidence financière importante. « Notons premièrement que les collecteurs au péage vont se retrouver au chômage. Bien que ces agents aient été assurés d’être réaffectés à d’autres secteurs, nous ne sommes pas certains de l’endroit où ils seront affectés » indique Professeur Simon Mariwah. L’investissement important dans la construction des péages sera aussi considéré comme perdu car les cabines et postes seront démolis.

L’Etat du Ghana va perdre une entrée importante d’argent. Un rapport de 2007 du Fonds routier du Ghana fait état d’un montant de 1 782 059 GH¢ (166 122 000 f CFA) comme revenu de tous les péages. Ce chiffre a sans doute doublé avec l’augmentation des véhicules de plus de 20 % au Ghana, la hausse des tarifs de péage et le nombre de postes de péage qui est passé à 29 dans tout le pays depuis 2009.

« Les recettes prévisionnelles du péage de l’autoroute du Nord ont été chiffrées à 7,6 milliards de FCFA sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2014 »

« Une estimation prudente du nombre de véhicules parcourant des distances sur nos routes (et payant des péages là où c’est nécessaire) donne une idée juste de l’argent que le pays gagne quotidiennement. Il s’agit d’une énorme source de revenus pour le pays. Cependant, si nous ne réalisons pas le revenu maximum des cabines de péage, alors nous devrions trouver des moyens innovants pour colmater les fuites, plutôt que de les abandonner » propose le professeur associé de géographie de la santé et du développement.

Sur la base des données du trafic du Road Fund’s (Fonds routiers), l’autoroute Accra – Tema compte au passage quelques 36 000 véhicules circulant quotidiennement, dont 1 % de motos, 47 % de voitures, 18 % de pick-ups et de 4×4, 18 % de bus légers, 3 % de bus lourds, 9 % de camions légers et moyens et 4 % de camions lourds. Cette seule autoroute rapporte en moyenne 600 000 GH ¢/mois soit 55 931 500 f CFA.

Au plan social, la suppression des péages au Ghana va faire disparaître le petit commerce (vente à la sauvette autour des péages) qui nourrit de nombreuses familles. Au niveau de la fluidité du transport, les usagers craignent que les anciens sites des péages qui seront désormais occupés par les policiers ne deviennent de nouveaux sites de racket.

La suppression des péages a des conséquences socio-économiques importantes. Si elle permet de réduire les frais liés au transport des personnes et des biens, elle fait perdre au pays d’importantes ressources financières qu’il faudra combler. Peut-on supprimer les péages ivoiriens comme au Ghana ? Oui : si le gouvernement trouve d’autres moyens pour entretenir et construire les routes. Non : s’il n’y a pas d’alternatives pour amortir les investissements effectués et/ou projetés.

Suy Kahofi

* Taux de change cédi ghanéen (GHS) franc CFA (XOF) : 1 Cédi égal = 94,82 Franc CFA (19/11/2021)

Comments

comments

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

treize − 5 =