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FESPACO : le cinéma africain a toujours un bon potentiel

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Les visiteurs qui parcourent les allées du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) sont unanimes sur le potentiel du cinéma africain qui continue de révéler au monde de nouveaux talents dans toutes les disciplines.

De très bons films sont projetés en salle et proposés à la vente au 19ème Marché international du cinéma et de la télévision africains (MICA) à Ouagadougou et les professionnels du milieu sont les premiers à le souligner.

« Cette année, la sélection de films est de grande qualité parce que le FESPACO a innové en demandant à des experts, c’est-à-dire des directeurs de festival, des directeurs artistiques, des programmeurs, de faire la sélection. Donc la sélection ne s’est pas faite seulement en interne, mais à l’international » précise l’actrice et réalisatrice sénégalaise Maïmouna N’Diaye.

La qualité des productions et l’effort des réalisateurs ne peuvent pourtant pas voiler les difficultés du cinéma africain. Dans la sphère anglophone, le Nigeria tire une puissante industrie du cinéma qui représente chaque année des centaines de millions de dollar. Des films et séries à budgets quasi hollywoodiens attirent des acheteurs, médias et prospecteurs de plateformes de streaming du monde entier là où l’Afrique francophone peine à décoller réellement.

L’Afrique au rythme de la 26ème édition du FESPACO

Le cinéma en Afrique francophone manque d’audace et de risque préférant s’appuyer beaucoup plus sur des subventions et aides publiques au lieu de capitaux privés comme dans les pays anglophones. Bien entendu les pays d’Afrique francophone n’ont pas un marché aussi grand que celui du Nigeria avec ses 200 millions d’habitants mais les réalisateurs d’Afrique francophone peuvent tirer profit de l’étroitesse du marché qui s’offre à eux.

Voici pourquoi l’Afrique francophone doit repenser son cinéma et cela doit se faire à plusieurs niveaux notamment dans l’approche de la recherche du financement indispensable pour l’achat d’un matériel de pointe et les frais liés à la production. L’autre volet est la formation des acteurs de la chaîne de production.

« Il y a encore un besoin de formation, notamment pour les comédiens. Dans les métiers techniques, on trouve des gens bien formés, et les réalisateurs sont aujourd’hui de vrais pros. Je suis très optimiste sur l’émergence de nouveaux talents » avance David Kessler, directeur d’Orange Content et Orange Studio.

Mais la formation et le processus de professionnalisation du cinéma africain francophone ne doit pas le dénaturer et le pousser vers une logique pure et simple de rentabilité au détriment du volet artistique et du respect de l’identité culturelle africaine.

« On prétend enseigner aux Africains comment raconter une histoire, et on leur demande toujours de simplifier. Mais la complexité fait partie de la culture africaine. Les chaînes télé dites africaines mais qui sont étrangères, comme Canal+ et TV5 Monde sont dirigées par des gens qui ont des idées simplistes. L’Africain y devient un clown naïf, qui fait rire tout le monde, qui n’a ni profondeur ni épaisseur » se désole Jean-Pierre Bekolo Obama.

Le réalisateur camerounais reste convaincu qu’on « doit faire le métier de cinéaste, non pas pour devenir riche, mais pour raconter nos histoires comme on sait le faire, pour partager avec le monde ». Un point de vue soutenu par David Kessler qui pense qu’il « faut investir pour l’avenir dans le cinéma qui parle de l’Afrique contemporaine, même si la rentabilité n’est pas immédiate ».

Ab Bakhary, envoyé spécial à Ouagadougou

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