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La situation des droits de l’homme reste critique en Afrique

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Le Forum des ONG se poursuit dans le cadre de la 61ème Session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Les 400 organisations réunies à Banjul ont clairement indiqué que la situation des droits de l’homme est loin d’être reluisante en Afrique.

Le round up de la société civile s’est fait par région. 5 points focaux ont fait l’état des lieux de la question des droits de l’homme et de la démocratie respectivement en Afrique Centrale, en Afrique de l’Est, en Afrique du Nord, en Afrique de l’Ouest et en Afrique Australe. Lors des différents exposés, l’assemblée très attentive a pu constater que les problèmes sont partout les mêmes dans les pays africains.

Ces 10 dernières années, les crises se sont succédées autour des processus électoraux avec deux cas très illustratifs quand bien même éloignés géographiquement. Il s’agit de la Côte d’Ivoire et du Kenya. Si dans le premier pays le traumatisme des 3.000 morts a empêché de nouvelles violences lors de la dernière élection présidentielle (2015), les 11.000 victimes de l’acte 1 des tensions Uhuru Kenyatta – Raila Odinga n’ont pas « assagi » la classe politique et le peuple du Kenya. Dans ce pays le processus électoral reste marqué par la violence après l’invalidation des résultats de la Commission électorale par le Conseil constitutionnel.

« Il ne se passe pas un seul jour sans que des heurts n’éclatent entre la police et les partisans de l’opposition » a indiqué le point focal Afrique de l’Est Joseph Bikanda qui souligne qu’au final le bilan des victimes risque de s’alourdir. Le pouvoir et l’opposition n’ayant pas trouvé un terrain d’entente avant le second tour, c’est tout un pays qui risque d’être paralysé encore une fois. Et c’est bien ce qui est arrivé au Congo Brazzaville souligne Loamba Moké de l’Association pour les droits de l’homme et l’univers carcéral (ADHUC). La crise militaro-humanitaire dans la région du Pool « est bien née de l’incompréhension entre le pouvoir et l’opposition » indique le secrétaire général de l’ADHUC.

Ce conflit a entrainé plus de 12.000 déplacés et un bilan humain très peu documenté en raison de l’accès à la région du Pool interdit aux acteurs des droits de l’homme. L’armée congolaise et les Ninjas du pasteur N’Toumi se sont livrés à des exécutions sommaires et des violations graves des droits de l’homme. « Nous ne voyons pas une volonté politique des autorités congolaises de mettre fin à cette crise par d’autres moyens que l’option armée » s’inquiète Loamba Moké. Il faut pourtant choisir l’option du dialogue pour éviter des pertes en vies humaines propose Queen Bisseng, du Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique Centrale (RIAC).

Lors de son exposé sur la situation des droits de l’homme de façon plus globale en Afrique centrale, la chargée de la sécurité des défenseurs des droits humains au sein du RIAC a indiqué que certains pays méritent une attention particulière. Elle est revenue sur le cas du Cameroun qui en plus de faire face à Boko Haram doit gérer des violences aux élans de sécession dans la région anglophone du Cameroun.

« Les atteintes à la liberté d’association et de manifestation, la brutalité policière, les arrestations d’activistes et les coupures fréquentes d’internet et des moyens de communication sont des situations que nous déplorons » souligne Queen Bisseng qui précise que des rapports de la société civile sur la situation dans les régions anglophones ont été effectivement transmis aux autorités camerounaises. Ces rapports font d’importantes recommandations pour une amélioration du respect des droits de l’homme. Idem pour la RDC où les autorités ont été interpelé sur les nombreux reports des élections et le projet de modification de la Constitution qui créent aujourd’hui un blocage politique sans précédent.

Les 5 rapporteurs à la tribune ont eu en commun la question du terrorisme qui préoccupe aujourd’hui chaque pays africain. Du nord au sud de l’Afrique, les groupes terroristes pullulent sur le contient et sont même arrivés à créer des connexions et des califats du crime organisé. Une synergie d’action s’impose au niveau de la lutte militaire mais aussi et surtout au niveau de la sensibilisation des jeunes afin qu’ils ne cèdent pas à l’appel au djihad. La lutte contre le terrorisme doit pouvoir se faire également dans le respect des droits de l’homme a réaffirmé Naji Moulay Lahsen, point focal Afrique du nord.

Les armées africaines doivent s’abstenir de commettre des exactions sur les populations civiles et se livrer à des exécutions sommaires lorsqu’elles capturent des ennemis sur le champ de bataille. Les armées régulières se distinguent des groupes islamistes par leur capacité à respecter les droits de l’homme. Les dérives de la lutte contre le groupe terroriste Boko Haram au Nigéria sont un exemple palpable que sans une lutte encadrée contre le terrorisme, des violations graves des droits de l’homme peuvent être enregistrées.

SUY Kahofi envoyé spécial

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