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L’Afrique et le défi de l’accès aux soins de santé

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Se soigner reste un défi majeur pour de nombreux africains au quotidien. L’accès aux soins de santé de base reste un luxe pour les couches les plus défavorisées.

Près de 50 ans après les indépendances, les progrès dans la réforme des systèmes de santé sur le continent ont montré leurs limites. Mortalité infantile, infection au VIH, propagation des maladies infectieuses, mortalité maternelle…pour chacun de ces problèmes de santé, l’Afrique possède encore les taux les plus élevés au monde. En plein 21ème siècle, l’africain meurt encore de maladies diarrhéiques et d’infections basiques largement vaincues dans plusieurs pays développés grâce à des règles d’hygiène simples ou un accès rapide à des soins de santé.

De nombreuses études le montrent, plusieurs problèmes de santé publique en Afrique peuvent être évités grâce au développement d’un programme plus poussé dans le domaine de l’installation et l’équipement des centres de santé de base proches des populations. Dans les pays africains qui ont eu des initiatives en ce sens, ces unités sanitaires situées dans des villages, des bidonvilles et des petits quartiers ont toujours eu une double fonction : la sensibilisation des populations et la fourniture des premiers soins de santé capables de sauver des vies.

Des journalistes scientifiques africains en conclave à Nairobi

« Doter des hameaux de centre de santé n’est pas seulement une question d’argent. Le Rwanda l’a réussi pas parce qu’il s’agit d’un pays riche mais d’un pays qui a compris qu’il était moins coûteux de construire des centres de santé de base que de prendre en charge des maladies qui surviennent en raison de leur absence » indique Dr Sam Oji Oti, chargé de programme senior au Centre canadien de recherche pour le développement international (CRDI-Canada) pour la région de l’Afrique de l’Est.

Poids financier et humain

Le poids économique des maladies évitables devient plus important pour une communauté et un pays en l’absence d’infrastructure de base. A titre d’exemple, la prise en charge précoce du paludisme dans plusieurs pays où il existe une politique de gratuité des soins s’élève à moins d’un dollar par patient. Faute d’accès à des soins de santé primaires, la même maladie peut facilement occasionner une hospitalisation, un traitement plus coûteux, la perte de revenus et l’arrêt d’activité professionnelle pour le patient. Idem pour le VIH : là où l’accès à un préservatif gratuit dans un centre de santé protège une vie, son absence peut conduire à la prise en charge d’une personne vivant avec le VIH pour la vie à un coût plus élevé. Au-delà du poids financier, le poids humain est tout aussi important.

« Une femme qui perd la vie et mettant au monde un enfant, c’est une perte importante pour la famille et la communauté. Pire, l’enfant qui doit grandir sans sa mère sera confrontée à plusieurs problèmes psycho-affectifs s’il ne perd pas la vie par la suite » souligne Emmanuel Oyier chargé de marketing social de KMET Kenya, une ONG engagée pour la promotion d’un accès à des soins de santé de qualité pour les populations.

Loin des objectifs d’Abuja

L’accès aux soins de santé de base aurait pu être largement une réalité si les chefs d’État africains avaient donné un sens à la déclaration d’Abuja. Réunis du 26 au 27 avril 2001 lors d’un sommet spécial pour répondre aux défis exceptionnels posés par le VIH / sida, la tuberculose et d’autres maladies infectieuses connexes, les gouvernements se sont engagés à attribuer au moins 15% du total de leurs budgets nationaux annuels au secteur de la santé. Cet objectif est loin d’être atteint et cela se matérialise par la pauvreté du plateau technique des unités sanitaires de base. Même des médicaments basiques comme le paracétamol viennent à manquer !

L’agriculture africaine face aux phytopathologies

Depuis 2001, seule une poignée de pays ont fait des progrès en augmentant de 15% leur financement national en faveur de l’objectif d’Abuja. L’OMS a déclaré que seuls le Rwanda et l’Afrique du Sud ont atteint 15%. Mais la Commission de l’Union Africaine a porté le chiffre à six États membres. Certains auraient même dépassé le seuil des 15%. Il s’agit le Rwanda (18,8%), le Botswana (17,8%), le Niger (17,8%), le Malawi (17,1%), la Zambie (16,4%), et le Burkina Faso (15,8%). Cette petite moisson autour des objectifs d’Abuja montre cependant qu’il ne s’agit pas d’un objectif impossible à atteindre.

L’Afrique veut se donner les moyens d’atteindre l’ODD 3 (accès à la santé), « donner les moyens de vivre une vie saine et promouvoir le bien-être de tous à tous les âges ». La volonté des chefs d’Etat africains d’atteindre cet objectif ne sera qu’un simple vœu pieux si rien n’est fait dans les cinq prochaines années pour rendre accessible les soins de santé aux populations notamment les plus défavorisées. Et cet accès aux soins de santé de base passe par un réel engagement financier visant à doter chaque communauté d’une unité de soin de santé et d’une politique de couverture maladie accessible à chaque africain.

Ebony T. Christian depuis Nairobi au ACSJ III

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