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Les avocats de Gbagbo s’insurgent contre l’ingérence de l’Etat ivoirien à la CPI

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L’Etat de Côte d’Ivoire a déposé une demande auprès de la Cour pénale Internationale (CPI) pour s’opposer à la libération sans condition de l’ex-président ivoirien. Laurent Gbagbo avait été acquitté en 1ère instance mais en liberté surveillée en Belgique en raison d’un appel de la Procureure.

« La République de Côte d’Ivoire sollicite l’autorisation de la Chambre d’appel de pouvoir présenter des observations écrites sur la requête (…) de Laurent Gbagbo visant à la remise en liberté sans condition de celui-ci », écrivent les avocats Jean-Pierre Mignard et Jean-Paul Benoit qui demandent au nom de l’Etat Ivoirien à la Cour de « rejeter la requête déposée ». Dans leur courrier de 7 pages déposée le 25 octobre, les deux avocats promettent au cas où la Cour l’accepte de « transmettre un document plus complet » qui viendrait étayer cette demande de rejet de la libération sans condition de Gbagbo.

Nick Kaufman, avocat très expérimenté en matière de justice internationale et des procédures de la CPI a indiqué sur son compte twitter qu’il s’agit d’une démarche « sans précédent » d’un Etat qui se mêle de cette manière – demandé à être reconnu comme amicus curiae – d’une affaire de libération conditionnelle. Ceci « apparaît bien plus comme une manière d’entraver le retour de Gbagbo sur la scène politique ». L’éventuel retour de Laurent Gbagbo dans son pays avant la présidentielle de 2020 est devenu le sujet principal des tabloïdes ivoiriens, dans un contexte pré-électoral assez tendu.

C’est « une honteuse immixtion du gouvernement ivoirien dans la procédure », a affirmé Assoa Adou, secrétaire général du Front Populaire Ivoirien, au nom de son parti et de la coalition d’opposition Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS).

« Par ces agissements, le RDR et Alassane Ouattara viennent de faire tomber le masque derrière lequel ils n’ont eu cesse de manipuler la procureure. Le procès n’est rien d’autre qu’une cabale politique pour écarter un adversaire » a-t-il ajouté.

Selon une source au sein du camp Gbagbo, « l’équipe de Gbagbo a répondu à cette demande et invité la Cour à rejeter la requête de l’Etat ivoirien au motif que celui-ci ne fait pas partie du procès et ne peut être autorisé à intervenir dans la procédure ».

Début octobre, Me Emmanuel Altit, conseil principal de Gbagbo, avait demandé à la Chambre « d’ordonner la mise en liberté immédiate et sans condition » de son client et « de dire qu’il peut être libre d’aller où il le souhaite, par exemple dans son propre pays ». « Laurent Gbagbo pourrait en effet, à la demande de responsables politiques du pays, être amené à participer à la campagne ou même être amené, par hypothèse, à poser sa propre candidature » à la présidentielle de 2020, écrivait l’avocat.

La procureure de la CPI, Fatou Bensouda, a fait appel de l’acquittement de crimes contre l’humanité prononcé en janvier en faveur de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé. Les deux hommes ont été jugés pour crimes contre l’humanité commis en 2010 et 2011 au cours des violences post-électorales qui avaient fait 3.000 morts en Côte d’Ivoire, avant d’être acquittés et libérés sous conditions. Dans l’attente, Gbagbo réside à Bruxelles, et Blé Goudé, qu’aucun pays n’a accueilli, est resté aux Pays-Bas.

Anderson Diédri

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