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Migration et VIH : les femmes migrantes à risque

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Le premier numéro de l’année 2018 de la revue scientifique The Lancet fait un focus sur une étude qui tire sur la sonnette d’alarme en ce qui concerne la corrélation entre les violences faites aux femmes migrantes (violences sexuelles) et la prévalence au VIH. Cette étude réalisée en France intervient dans un contexte de dénonciation des violences sexuelles subies par les femmes.

La précarité liée à l’immigration est un facteur qui accroît les situations de violences sexuelles ou de sexe forcé. Les femmes migrantes sont les plus exposées avec des risques élevés de transmission des IST et du VIH. C’est ce que démontre – chiffres à l’appui – une étude menée par Julie Pannetier (PhD) et Annabel Desgrées du Loû (PhD) chercheuses à l’Institut de Recherche pour le Développement au sein d’une équipe de recherche Inserm du CEPED (IRD, Université Paris Descartes).

L’étude intitulée « L’acquisition du VIH chez les migrantes d’Afrique subsaharienne en France : une analyse de l’étude rétrospective de l’ANRS-PARCOURS sur la population » (traduit de l’anglais ‘HIV acquisition in sub-Saharan African migrant women in France : an analysis of the ANRS-PARCOURS retrospective population-based study’) est financée par l’Agence Nationale française de recherche sur le SIDA et l’hépatite virale (ANRS) et l’Agence nationale de santé publique (Santé publique France). L’information clé qui ressort en guise de conclusion après lecture de l’étude c’est que « les violences sexuelles subies sur le territoire français par les femmes migrantes multiplient par 4 leur risque d’infection par le VIH ».

C’est une réalité très inquiétante vu la promiscuité et la précarité dans l’univers des migrants et les risques élevées de pratique de la prostitution comme activité génératrice de revenus pour certaines femmes ne se sachant pas infectées. Le contexte migratoire également marqué par les violences sexuelles représente aussi un risque de propagation du virus (VIH) au sein d’un même groupe de migrants voyageant ensemble ou réunit dans un même camp. Au-delà du groupe cible des migrants eux-mêmes, les risques d’infection sont aussi importants pour les personnes intervenants dans la chaîne de prise en charge, d’accompagnement et d’appui aux migrants.

Les chiffres clés de l’étude

980 volontaires ont participé à l’étude ANRS-PARCOURS dans 54 établissements de soins de santé qui ont été choisis de façon aléatoire. Sur cet échantillon, 407 personnes sondées n’étaient pas porteuses du VIH contre 573 séropositives. Lors du traitement des données statistiques, 20 femmes ont été exclues du fait que leur infection au VIH ne pouvait être datée. 8 autres femmes n’ont pu être prise en compte en raison de données manquantes sur leurs fiches d’enquête. C’est donc un total consolidé de 405 femmes du groupe de référence (sans VIH) et 547 femmes du groupe porteur du VIH.

A lire sur l’étude : http://www.ird.fr/toute-l-actualite/actualites/communiques-et-dossiers-de-presse/cp-2018/precarite-violences-sexuelles-envers-les-femmes-migrantes-un-risque-accru-d-infection-par-le-vih-demontre

Les femmes qui ont contracté le VIH après la migration ont plus fréquemment subi des rapports sexuels forcés après la migration contrairement à celles non infectées par le VIH. Les cas de sexe forcé après la migration étaient associés au fait d’être hébergé par la famille ou les amis et au manque de logement stable. A cela s’ajoute l’absence de permis ou de titre de séjour.

L’enquête ANRS-PARCOURS est à cheval sur deux réalités fondamentales qui domine aujourd’hui l’actualité mondiale. Il s’agit des violences sexuelles et l’épineuse question de l’immigration notamment irrégulière entre l’Afrique et l’Europe qui implique de plus en plus un nombre considérable de femmes. Les violences faites aux femmes et aux filles ont des conséquences qui ne sont plus à démontrer. Le viol comme arme de guerre, le viol conjugal, les agressions sexuelles lors des mariages forcées, la pédophilie…ont des conséquences sanitaires et psychologiques difficiles à surmonter.

Les principaux rapports de santé publique à l’échelle mondiale indiquent que 30% des femmes ont été victimes de violences sexuelles et physiques par un partenaire intime. Les estimations régionales vont de 36,6% en Afrique à 24,6% en Europe. 7,2% de femmes ont été soumises à des violences sexuelles par une personne autre qu’un partenaire (les estimations régionales allant de 11,9% en Afrique à 5,2% en Europe). Les violences sexuelles déjà associées aux risques de contamination du VIH prennent une dimension plus inquiétante dans le contexte de la migration.

De son pays d’origine jusqu’à sa destination finale, une femme porteuse du VIH et soumises à des violences sexuelles peut à elle seule – et sans le vouloir – contaminée un nombre important de personnes. L’effet papillon qui suit chaque nouvelle infection peut être dévastateur et mettre à mal les efforts et les acquis des différents pays dans la lutte contre le VIH-SIDA. Cette étude réalisée par les chercheuses de l’IRD Julie Pannetier (PhD) et Annabel Desgrées du Loû (PhD) est un appel à intégrer dans les politiques migratoires ou de lutte contre l’immigration irrégulière la dimension « lutte contre le VIH ». Les populations de migrants dans un contexte de précarité étant en constant déplacement, il est capital de mettre sur pied des programmes de sensibilisation et de prise en charge (accès aux ARV) propres aux groupes cibles non-sédentaires.

SUY Kahofi

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