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Présidentielle de 2020 : les femmes jouent les casques bleus de service

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Elles veulent mitiger les tensions et crises qui surviennent à chaque processus électoral d’envergure. En ligne de mire : obtenir des élections présidentielles crédibles et apaisés en 2020. Pour ce faire, les organisations de femmes se mobilisent d’ores et déjà, à l’approche d’un scrutin qualifié de décisif.

« Ex- combattants » et « ex-détenus » ayant combattu en 2010-2011 respectivement pour le camp du président Alassane Ouattara et  celui de l’ancien président Laurent Gbagbo sont assis à la même table de discussion ce 24 octobre 2019 à Cocody, commune qui a été le théâtre des affrontements pendant la crise postélectorale Pari réussi pour l’Ong Femmes en Action qui est parvenue à transformer des adversaires jurés d’hier en apôtres de la paix qui militent ensemble pour la réconciliation et la cohésion sociale à traversLa caravane conjointe de la réconciliation nationale lancée ce jour-là.

En prélude aux élections présidentielles de 2020, l’organisation veut contribuer activement contribuer à la prévention de tout conflit et à l’organisation d’un scrutin crédible et apaisé dont les résultats sont acceptés par tous les partis et candidats en compétition car rien n’est joué d’avance. Le défi, c’est de sensibiliser les populations à s’inscrire en grand nombre sur les listes électorales et à participer au choix de leur dirigeant. « Les partis doivent sensibiliser leurs partisans pour aller voter (…) La politique de la chaise vide ne paie. Donc il faut aller aux élections », soutient Irad Gbazalé, présidente de l’Ong Femmes en Action, qui aurait tout de même souhaité une Commission électorale indépendante (CEI) soit acceptée par tous les partis politiques.

Celle qui est aussi présidente des femmes médiatrices de paix exhorte les leaders politiques à ne pas jeter de l’huile sur le feu mais à tenir plutôt un discours responsable et apaisé. Après la crise post-électorale de 2011, les femmes ont se sont engagées dans la sensibilisation des familles et des populations notamment dans les communes d’Abobo et de Yopougon qui ont été les plus touchées par ce conflit.

Elles ont également pris leurs bâtons de pèlerins pour calmer les tensions suite à la contestation de certains résultats des législatives de 2016 qui ont abouti à la reprise des élections dans des localités comme Rubino et Agboville, dans la région de la Mé. « Je suis repartie croiser chaque candidat parce que chacun se lançait déjà la pierre pour dire que c’est telle personne qui avait gagné, telle personne qui avait pris mes voix. On sentait qu’il allait y avoir des histoires », rappelle Irad Gbazalé.  

Résultats : les résultats proclamés (qui confirmaient les premiers résultats contestés donnant une femme pour vainqueur) ont été respectés par tous les candidats selon l’engagement qu’ils ont pris. Une expérience que l’Ong veut capitaliser pour conjurer toute crise en 2020.

Les femmes refusent d’être complices d’un processus électoral entaché de violence

Considérées généralement comme des victimes pendant les guerres, crises et conflits, en période électorale ou post- électorale, les femmes sont souvent réduites au rôle d’‘assistées’. Des solutions toutes prêtes sont mises à leurs dispositions, alors que comme le mentionne Marie-Laure BégouSecrétaire chargée du genre et de la cohésion sociale à l’Observatoire ivoirien des droits de l’homme (OIDH), « même si les femmes sont ‘vulnérables’, elles ont forcément quelque chose à dire dans la construction et la consolidation de leurs différentes communautés ».

Et les actions quotidiennes des femmes en faveur de la paix et de la cohésion sociale peuvent être capitalisées et mieux valorisées.  Les femmes, à l’image de la vie où elles assurent le bien-être et l’unité de la cellule familiale, agissent pour une société stable et pacifique. D’ailleurs, une crise peut avoir un impact social dévastateur, à l’instar du phénomène des enfants ‘’en conflit avec la loi’’ qui a émergé après la crise postélectorale.

Pour apporter une réponse au à ce problème, facteur d’insécurité et de perturbation de l’ordre social, l’Ong Amour CEDEAO, une association de femmes, a pu créer un cadre de dialogue où « les mamans des enfants en conflit avec la loi et les femmes, jeunes filles victimes de ces enfants ont pu s’assoir pour discuter en face », obesrve Marie-Laure Bégou.

Elles battent le pavé au quotidien. Leurs actions de terrain sont le témoignage parfait. C’est une opportunité à capitaliser en les impliquant véritablement dans le processus électoral en cours ; c’est aussi un gage d’une présidentielle apaisée en 2020. Ne pas les associer serait traiter le problème à moitié. Abondant dans le même sens, la banque mondiale a souligné dans son rapport ‘Et si l’émergence était une femme ?’ l’importance d’accorder une place importante dans la gestion du pays, « une plus grande voix aux femmes dans les institutions, dans les entreprises et dans les familles. Ce qui constituerait une source de bénéfices pour la société ivoirienne ».

Martine Zogbé

Cet article a été produit dans le cadre du projet ‘’Femmes occupez les médias’’ de l’Institut Panos Afrique de l’Ouest (IPAO)

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