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RDC : la guerre des vaccins anti-Ebola

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La République démocratique du Congo (RDC) est devenue la terre des essais cliniques de vaccin contre Ebola. Après l’Ervebo qui avait déjà fait ses preuves en Afrique de l’ouest et le vaccin expérimental du groupe Johnson & Johnson, le Japon vient de lancer dans le pays une étude clinique sur un candidat-vaccin.

En juillet 2019, un député de l’est de la République démocratique du Congo (RDC) a mis en garde contre l’introduction d’un deuxième vaccin pour tenter de contenir l’épidémie d’Ebola dans le pays. Muhindo Nzangi Butondo a signifié que les congolais risquent de devenir des cobayes pour les géants de l’industrie pharmaceutique qui seraient tentés tour à tour d’effectuer des essaies directement sur les populations. Sa sortie s’inscrivait dans le courant d’une décision controversée du gouvernement congolais d’introduire un second vaccin pour lutter contre Ebola après l’Ervebo de Merck & Co (MSD), qui vient d’être autorisé par l’Union européenne.

Plusieurs professionnels de la santé, finalement mis en minorité, ont demandé que les tests soient effectués et le vaccin par suite introduit s’ils étaient concluants. Dans la foulée, le ministre de la Santé de la RDC de l’époque, Dr Oly Ilunga Kalenga Kalenga, a quitté son poste en signe de protestation officiellement après la création par le président Félix Tshisekedi d’un nouveau pôle gouvernementale anti-Ebola. Dr Ilunga dit qu’il a subi des pressions de la part d’acteurs qui « manquent d’éthique » pour permettre l’utilisation du vaccin qui n’a pas encore été homologué.

L’OMS approuve un vaccin contre Ebola

En dépit des voix discordantes et de cette démission, le gouvernement de la RDC a préféré laisser l’eau couler sous les ponts entre juillet et septembre, puis a finalement – après le tumulte des critiques – décidé d’introduire un second vaccin expérimental contre Ebola le 12 novembre. L’opération de vaccination censée durer quatre mois vise 50.000 personnes. Le but est de tenter d’enrayer la propagation du virus qui a fait plus de 2.000 morts. Sauf que ce deuxième vaccin du groupe Johnson & Johnson doit être administré en deux doses espacé d’un mois.

Or en un mois plusieurs choses peuvent se passer volontairement ou involontairement au sein de la cohorte désignée pour l’essai vaccinal. La zone ciblée pour le test – et où sévit Ebola – est une zone fortement peuplée et en proie l’insécurité. Dans ce contexte des interrogations persistent sur le succès de la campagne et surtout sur la stratégie qui sera utilisée pour retrouver des personnes qui fuyant l’insécurité auraient reçu la première dose.

Très peu d’informations sont disponibles sur les effets que pourrait avoir le vaccin sur le corps humain si la deuxième dose n’était pas administrée à temps ou pas du tout. La seule dose du vaccin serait-elle réellement efficace contre Ebola ? En cas de non-injection de la deuxième dose, le patient devient-il plus exposé à Ebola et plus à risque de contracter la maladie ? C’est déjà dans ce contexte assez trouble qu’un troisième essai clinique vient d’être annoncé dans le pays. La RDC semble devenir petit à petit un laboratoire à ciel ouvert car des scientifiques japonais ont annoncé vendredi le lancement d’un essai clinique pour tester l’efficacité d’un nouveau vaccin contre le virus Ebola.

Une épidémie incontrôlable ?

Ebola tue en moyenne la moitié des personnes contaminées, et parfois jusqu’à 90% d’entre elles selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Des séquelles sont par ailleurs fréquemment observées chez les survivants. L’épidémie actuelle d’Ebola en RDC a fait un peu plus de 2.200 morts depuis août 2018. C’est la plus sévère depuis celle de 2014-2016, qui avait tué plus de 11.000 personnes en Afrique de l’Ouest. Cette épidémie qui avait durement frappé le Libéria, la Guinée et la Sierra Leone avec accéléré les recherches de vaccins.

Chronologie du nombre de décès par épidémie d’Ebola en RDC

Mais l’épidémie de la RDC est en train de consacrer une véritable guerre des vaccins anti-Ebola avec l’arrivée d’un vaccin japonais. Celui-ci a été développé par des chercheurs de l’Institut de sciences médicales de l’université de Tokyo. Jusqu’à présent, le vaccin a été testé sur des singes et non sur des humains. Il est basé sur une forme inactivée du virus mais très peu d’informations ont filtré sur le niveau d’essai en laboratoire. « Nous pensons qu’il y a de bons espoirs d’obtenir un nouveau vaccin sûr et pouvant être produit efficacement », a déclaré Yoshihiro Kawaoka, un expert des maladies infectieuses ayant contribué au développement du vaccin, dans un communiqué de l’université de Tokyo. Contrairement à la cohorte de 50.000 personnes ciblées par le vaccin Johnson & Johnson, l’étude clinique qui va démarrer ce mois-ci en RDC porte sur 30 volontaires de sexe masculin en bonne santé. Ils se verront administrer deux doses du vaccin à un mois d’intervalle.

Malgré un programme de vaccination contre Ebola qui a permis de vacciné plus de 200.000 personnes (chiffre d’août 2019), la prolifération des essais en RDC est diversement appréciée au sein même de la population congolaise. Dans un pays où plus de 25% de la population ne croit à l’existence d’Ebola, les essais de vaccin sont considérés comme des stratégies visant à rependre un mal et à tenter de le contrôler pour des raisons économiques. Or gagner la confiance des populations est primordiale dans la lutte contre Ebola reste convaincu Vinh-Kim Nguyen, médecin et professeur d’anthropologie et de sociologie du développement au Graduate Institute à Genève, et vice-président de Médecin Sans Frontière Suisse. « Il y a eu de très grand progrès au plan médical mais pour que ces progrès marchent il faut que la population les accepte, qu’elle ait confiance ».

La RDC se retrouve dans une situation inconfortable, tiraillée entre la méfiance des populations, l’impératif de lutter contre une maladie mortelle et la nécessité de faire avancer la science. Notons qu’Ebola n’est pas la seule maladie à sévir actuellement en RDC. Cette année, la rougeole a déjà tué plus de 1.500 personnes et la maladie touche les 26 provinces du pays.

Ebony T. Christian

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