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« Tous les acteurs politiques ont une forte confiance dans le système électoral »

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Les alternances politiques au Sénégal s’expliquent par une « forte trajectoire démocratique » et une forte « confiance » dans le système électoral, observe dans cet entretien à Eburnie Today Seydou Gueye, porte-parole du gouvernement sénégalais.

Quel est le fondement de la stabilité politique du Sénégal ?

Incontestablement, une longue tradition électorale. Je rappelle qu’au Sénégal on vote depuis les États généraux français. Par ailleurs il faut consigner l’existence d’une tradition et d’institutions politiques bien avant l’indépendance du Sénégal en 1960. Il en est ainsi de l’Assemblée nationale, du Building administratif, siège de l’administration de l’AOF.

Peut-être aussi une forte trajectoire démocratique, marquée d’une part par deux alternances en 2000 et 2012 à l’issue d’élections sans contestations après un premier passage de témoin entre les présidents Senghor et Diouf en 1980 et d’autre part par une large participation citoyenne dans le débat public, même si certains excès sont à déplorer. Je dirai enfin et surtout une passion bien sénégalaise pour l’unité de la nation.

Qu’est-ce-qui explique l’acceptation des résultats des élections par tous les acteurs politiques à chaque élection ?

Une forte confiance dans le système électoral sénégalais. En vérité, au-delà des postures politiciennes de certains membres de l’opposition nous sommes fondamentalement tous convaincus que le système est éprouvé, fiable et peut garantir la transparence ainsi que la régularité des opérations électorales.

Tout récemment, il a fait l’objet d’un audit pour la deuxième fois par des experts internationaux neutres. Les résultats ont établi un niveau de fiabilité à plus de 98 %, même s’il reste vrai que quelques recommandations ont été données au pouvoir en vue de son renforcement et de sa consolidation. Nous avons en définitive, un système performant qui permet d’avoir les premières estimations et résultats une à deux heures après la fermeture des bureaux de vote.

En un mot comme en mille, ce système articulé autour d’un code électoral consensuel adopté en 1992 nous a valu depuis, des élections à contestations nulles sinon marginales.

Quelle est la particularité du système électoral sénégalais ?

C’est un système participatif et inclusif dont la solidité ne saurait souffrir d’aucune contestation sérieuse. C’est un modèle de partage de responsabilités, régulé par une Commission nationale autonome, la CENA et garanti par la neutralité de l’administration et de la justice. Avec la même administration nous avons eu deux alternances démocratiques et tenez-vous bien avec un ministre chargé des élections engagé politiquement au côté du président sortant qui a perdu l’élection présidentielle de 2012.

Sénégal : un contexte tendu avant les élections présidentielles de 2019

Il en a été de même lors des élections locales de 2014, où le parti au pouvoir a perdu des villes comme Dakar, Thiès, Ziguinchor. En fait le système présente toutes les garanties pour l’organisation d’élections libres, régulières, transparentes et démocratiques. L’administration est en charge de l’organisation matérielle des opérations, les acteurs politiques ont des responsabilités importantes et des droits, de l’inscription de l’électeur à la proclamation des résultats par leur présence garantie à toutes les étapes, la CENA a un pouvoir légal de rectification ou de substitution en cas de carence de l’administration.

Les juridictions (Cour d’Appel ou le Conseil Constitutionnel) sont les juges des élections et à ce titre elles sont les seules instances habilitées à connaitre des recours et à prononcer les résultats officiels d’un scrutin. Ainsi on peut constater que chaque acteur est engagé dans une chaîne de responsabilités et dispose de moyens et recours légaux pour défendre ses prérogatives.

Plus de 800 000 électeurs n’ont pas pu avoir leurs cartes pour voter aux législatives de 2017. Comprenez-vous que l’opposition récuse le ministre chargé des élections à cause de cette situation ?

C’était une difficulté que l’Etat a reconnue avec humilité et responsabilité, consécutive à une refonte totale du fichier dans un délai record. De la même manière par une ordonnance du Conseil constitutionnel ceux qui ne disposaient pas de leurs cartes d’électeurs ont eu la possibilité d’accomplir leur devoir citoyen au moyen de leur récépissé d’inscription accompagné d’une pièce d’identité. Aujourd’hui, cette question est dépassée car toutes les dispositions ont été prises pour l’édition de toutes les cartes de la CEDEAO à double face, l’une servant de carte d’identité et l’autre de carte d’électeur.

Maintenant il faut reconnaître que l’opposition est toujours engluée dans une logique de suspicion et invoquent la fraude, faute de pouvoir convaincre les sénégalais qui ont une claire conscience des enjeux et ne voient aucune offre alternative sérieuse de sa part. Récuser le ministre en charge des élections, c’est un vieux serpent de mer qui surgit chaque fois que l’opposition est en grande difficulté. Là n’est pas la cause de ses défaites récurrentes depuis 2012, me semble-t-il, elle doit les chercher dans sa panne de projet, de méthode et de leadership et sa faiblesse organisationnelle.

Quelles sont les dispositions qui ont été prises pour corriger cette situation et rassurer tous les acteurs ?

Les cartes d’électeurs seront disponibles pour tout citoyen régulièrement inscrit sur le fichier. D’ailleurs un bon nombre est disponible et en cours de retrait.

Les condamnations de Karim Wade et de Khalifa Sall sont perçues comme un moyen pour le président Macky Sall d’écarter ses adversaires les plus sérieux dans la course à la présidentielle de février 2019. Quel commentaire faites-vous de ces récriminations de l’opposition ?

Dans notre système électoral, la candidature à l’élection n’est point l’affaire du Président de la République mais plutôt du Conseil constitutionnel pour la présidentielle notamment. C’est la loi qui en définit le régime juridique avec ses incompatibilités et ses exigences et parmi celles-ci le principe du casier judiciaire sans condamnation pour certains types de délits ou pour des durées indiquées. Je pense que Karim Wade et le Maire de Dakar sont victimes de leurs propres faits et actes.

Le Sénégal et sa culture des élections pacifiques

Le président Sall n’a rien à voir dans tout cela et n’a aucune raison objective de les craindre au regard de son bilan à la tête du pays depuis bientôt sept ans. Un bilan avec des performances économiques et sociales inédites. Dans tous les secteurs de la vie de la nation, le Sénégal se transforme structurellement, la croissance est forte et tend de plus en plus vers l’inclusion sociale, la bonne gouvernance est au cœur de l’action publique.

Pour Karim Wade, la vérité judiciaire est nette et limpide. Il a été condamné définitivement pour le délit d’enrichissement illicite par la justice de son pays à une peine de 6 ans de prison assortie d’une amende de plus de 130 milliards. Pour Khalifa Sall, après une condamnation en première dans le cadre de la gestion financière de la Ville de Dakar pour le délit d’escroquerie et de faux en écriture, il a interjeté appel [l’entretien a été réalisé avant la condamnation en appel le 30 août 2018].

Seule la justice sénégalaise, habilitée à dire le droit le fera en toute indépendance, c’est-à-dire, sur la base des faits qu’il n’a pas niés et sur l’intime conviction du juge. Tout le reste relève de manœuvres et de stratégies politiciennes qui veulent masquer les faits et les présenter comme des modèles de vertus victimes d’un acharnement politique. Le Président Sall n’est pas de cette tradition, il est le produit de la démocratie et l’exemple accompli de l’homme politique loyal et combatif. Sa seule cause, c’est l’émergence du Sénégal, rien de plus et rien en deçà des standards démocratiques. C’est cela pour lui honorer le Sénégal.

Propos recueillis par Anderson Diédri

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