2016 : année du calvaire pour les migrants

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Le monde a célébré ce 18 décembre la journée internationale des migrants. Une célébration teintée de tristesse en raison du nombre important de migrants décédés au cours de cette année. L’espoir affiché fin 2015 visant à réduire le nombre de victimes liées à la migration n’a pu être respecté par la communauté internationale.

C’est dans la nature humaine de se déplacer d’un point à un autre et les raisons qui expliquent cette volonté de bouger sont différentes selon les individus. Certains décident de quitter leurs terres pour des raisons économiques, pour cause de conflits, pour trouver des meilleures opportunités de travail, pour fuir les effets pervers du changement climatique ou simplement retrouver sa famille. Les flux migratoires ont toujours existé mais force est de constater que ces flux sont en fortes progressions. Les Nations Unies estiment qu’en 2015, la part des migrants représentait 3,3% de la population mondiale contre 2,8% en 2000 !

L’une des zones du monde où l’on note une forte arrivée des migrants ces dernières années reste l’Europe. Les conflits et les situations d’instabilité en Afrique et au Moyen orient ont poussé un nombre important de familles à tenter de rallier le vieux continent. Les routes et les moyens de transport qui mènent à l’eldorado européen ne sont pas aussi sûrs. Les passeurs qui organisent ces voyages incertains taxent une véritable fortune aux migrants déjà en situation de précarité. Tous sont obligés de payer avant le départ mais tous ne verront pas les côtes de la Grèce, de l’Italie ou de l’Espagne…

Ainsi pour l’année 2016, se sont 352.822 migrants qui sont arrivés en Europe. Notons que ce chiffre est en baisse quand on le compare à celui de 2015 où 1.015.078 migrants ont été enregistrés. Cependant, il y a un autre chiffre, celui-là bien moins reluisant car si le nombre de volontaires au départ vers l’Europe est en nette baisse, on estime tout de même à 4.812 le nombre de morts ou portés disparus dans la méditerranée. Le chiffre est en hausse par rapport à 2015 (3.771). A l’échelle mondiale, l’OIM (Organisation internationale pour les migrations) estime à 7.189 le nombre de migrants décédés en 2016 : le chiffre est aussi en hausse de près de 20% par rapport à 2015.

Le nouveau visage des migrants

Les témoignages des volontaires au départ vers l’Europe qui ont échoué dans leur aventure décrivent de façon très claire des voyages très difficiles ponctués par la faim et la soif, les morts, les prises d’otage, les viols et l’esclavage. Malgré cette réalité, le profil des migrants a véritablement évolué ces 15 dernières années. On retrouve de plus en plus de femmes et surtout d’enfants parmi le flot incessant de migrants qui sont recueillis en détresse sur les embarcations de fortune. Selon l’UNHCR, 27% des migrants arrivés en Europe par la Méditerranée seraient des enfants : certains sont non-accompagnés. La piste d’enfants orphelins ou vulnérables du fait de la migration n’est donc pas à écarter.

L’Afrique et la migration vers l’Europe

L’Italie reste le pays d’entrée privilégié des migrants africains qui ont développé un circuit bien rodé depuis les côtes du Golfe de guinée jusqu’à celles de la Lybie. Les conditions de la traversée deviennent de plus en plus compliquées. Les groupes armés incontrôlés en Lybie ont fait de l’enlèvement des migrants une source de revenu. De mèche avec certains groupes de passeurs, les bandes armées se font « livrer » les migrants qu’ils emprisonnent. Ces derniers sont dans un premier temps dépouillés de leur argent et autres objets de valeur. Ils sont entassés dans des geôles puis contraints d’appeler leurs parents pour payer une rançon contre leur libération. Les montants exigés oscillent en 500 et 800 euros. Les tentatives d’évasion sont réprimées par la torture ou des exécutions (rafales dans les cellules). Entre 2015 et 2016, certains pays africains ont vu leurs ressortissants arriver en masse sur les côtes italiennes. Le Nigéria tient toujours la tête du classement des pays exportateurs de migrants en Afrique suivi de l’Erythrée et de la Gambie. Pour l’année 2016, la Côte d’Ivoire occupe la 4ème place pour les arrivées à Lampedusa.

Les solutions proposées contre l’immigration irrégulière ces dernières années ont été de type sécuritaire. L’Allemagne a tenté une approche sociale qui très vite a suscité une opposition politique. Les solutions pour lutter contre l’immigration irrégulière sont différentes selon que l’on soit dans un pays d’accueil ou un pays de départ. Pour les pays africains qui ne sont pas en situation de conflit, les moyens pour décourager l’immigration irrégulière sont la sensibilisation des jeunes, les financements d’AGR (Activités génératrices de revenus) et de micro-projets. La solution en Afrique contre l’immigration irrégulière est fondamentalement sociale et surtout économique. En effet, un sondage auprès de 118 ressortissants africains vivants à Abidjan montre que 75% des personnes interrogées indique que la cause première de départ des jeunes africains reste le manque d’emploi et de perspectives d’insertion socio-professionnelle.

SUY Kahofi

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