Mamadou Koulibaly : « le Sénat ivoirien est une arnaque »

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Le Pr Mamadou Koulibaly s’est interrogé sur l’opportunité du Sénat ivoirien à l’occasion de la conférence publique organisée par la fondation Friedrich Ebert Stiftung et le Réseau ivoirien des leaders ce samedi 3 juin 2017 à l’Hôtel Palm Club à Cocody.

« Jeunes, engagement politique et institutions démocratiques : le cas du Sénat ivoirien« . Deux panelistes ont été invités à décortiquer ce thème. Il s’agit du Pr Mamadou Koulibaly et du député Marius Konan. Le président de Liberté et démocratie pour la république (LIDER) s’est prononcé sur le sous-thème : « le Sénat ivoirien : quelle contribution à la consolidation des institutions démocratiques et à la cohésion sociale ?« .

L’ancien président de l’Assemblée nationale estime que cette deuxième chambre du parlement, prévue par la constitution de novembre 2016, est inopportune.

« Le Sénat, c’est totalement inutile et inefficace. Ça va être budgétivore, ça n’a pas de sens. La constitution qui l’érige n’est pas une constitution démocratique », juge Mamadou Koulibaly.
« C’est une arnaque pour gonfler les dépenses de l’Etat, pour endormir la classe politique, exclure la jeunesse de perspectives politiques et puis les critères sont totalement flous », renchérit-il.

Le second conférencier, le député Marius Konan, qui a animé le sous-thème intitulé « les attentes et perspectives des jeunes face au Sénat ivoirien« , préconise la consolidation des institutions déjà existantes que d’en créer de nouvelles. Marius Konan explique que les députés ivoiriens n’ont pas de bureaux ni d’assistants parlementaires personnels.

Par exemple, le groupe parlementaire PDCI, qui compte 89 députés, n’a que deux assistants parlementaires : un pour les questions économiques et l’autre pour les questions de droit.

« Ce sont des situations qu’il faut plutôt chercher à corriger, renforcer, donner plus de moyens à ces institutions qui existent pour travailler efficacement au service de la jeunesse de Côte d’Ivoire plutôt que d’en créer davantage », plaide ce député PDCI de 36 ans, élu sous l’étiquette indépendant dans les circonscriptions d’Attiégouakro et de Lolobo (Yamoussoukro).

L’honorable Marius Konan pense que si le Sénat doit être mis en place, « qu’il ne soit pas une chambre en plus ou de trop », mais qu’il soutienne des politiques en faveur des jeunes qui représentent 36,2% de la population ivoirienne, alors qu’un jeune sur quatre ne travaille pas.  Cet élu, membre du Réseau ivoirien des leaders, va même plus loin : « les jeunes attendent aussi que dans la mise en place du Sénat, il y ait la représentation jeune avec un quota jeune bien défini, c’est possible ».

La CEI au banc des accusés

Lors de cette conférence publique, la Commission électorale indépendante (CEI) présidée par Youssouf Bakayoko a été particulièrement critiquée. Selon le Pr Mamadou Koulibaly, les membres de cette commission sont payés à ne rien faire, à part lorsque le gouvernement leur demande d’organiser des élections, alors que les textes prévoient par exemple une révision permanente de la liste électorale.

« Elle est faible, elle est toxique, imbue. Elle n’a organisé que des élections tordues dans ce pays. Elle n’est pas indépendante du tout ni financièrement, ni organiquement, ni politiquement », juge sévèrement l’universitaire.
Le député Marius Konan renchérit : « cette Commission électorale indépendante n’est pas bonne. Même si elle est présidée par un Monsieur qui est de mon bord politique, elle n’est pas bonne ».

Concernant le découpage électoral, l’analyse du président de LIDER n’est pas moins sévère. Pour mieux édifier son auditoire, il a projeté dans la salle une carte avec des statistiques.

La Côte d’Ivoire compte 255 députés pour environ 23 millions d’habitants. Ce qui fait en moyenne un député pour 90 mille habitants. Mais certaines régions, fait-il observer, sont privilégiées au niveau de la représentation politique. Illustration.

La région du Guemon (ouest) a 7 députés pour 919 mille habitants, celle du Kabadougou (nord) avec ses 193 mille habitants a le même nombre de parlementaires. Kong, avec 87 mille habitants, dispose de 3 députés, alors que Ouangolodougou (situé juste à côté) n’a que 2 élus à l’Assemblée Nationale avec une population de 236 mille habitants.

Le département de Béoumi (centre) compte 2 députés avec ses 94 mille habitants, quand Sakassou (situé à côté) n’a qu’un élu avec la même population. Pour Koulibaly, « c’est du bricolage », évoquant un défaut de compétence technique.

« Là, c’est totalement arbitraire. La cohésion sociale est rompue à partir de là », estime-t-il. Il s’interroge sur les critères qui ont fondé un tel découpage électoral, qui va manifestement servir à fixer le nombre de sénateurs dans les différentes circonscriptions. En tout cas, sa conclusion est claire : « le Sénat ne contribuera pas à la cohésion sociale tant que nous n’aurons pas régler ces problèmes ».

Anderson Diédri

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