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Cacao : la Banque Mondiale invite la Côte d’Ivoire à des reformes

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Dans un rapport publié jeudi, la Banque Mondiale invite la Côte d’Ivoire, 1er producteur mondial de cacao à effectuer des réformes urgentes dans le secteur du cacao afin que celui-ci puisse mieux contribuer à la croissance économique du pays.

La publication de ce rapport intervient dans un contexte d’embellie pour l’économie ivoirienne dont le taux de croissance a dépassé 7% en 2018 et devrait atteindre 7,2% en 2019 pour se stabiliser à ce niveau dans les prochaines années, selon la Banque Mondiale (BM). Dans le document de 63 pages, la Banque examine la manière dont le cacao pourrait soutenir davantage la transformation socio-économique et structurelle de la Côte d’Ivoire.

Le cacao est une véritable richesse pour la Côte d’Ivoire et représente chaque année 40% des exportations du pays. La Côte d’Ivoire compte près d’un million de producteurs qui fournissent un revenu à cinq millions de personnes, soit environ un cinquième de la population. Cependant, triste est de constater que plus de la moitié des producteurs vivent en deçà du seuil de pauvreté, avec moins de 757 francs CFA (1,2 dollar) par jour.

Le prix du cacao grimpe

« Malgré son poids dans l’économie et la société ivoiriennes, la filière du cacao ne joue pas pleinement son rôle de moteur du développement économique » fait remarquer la Banque. La Côte d’Ivoire produit environ 2 millions de tonnes de cacao par an, dont elle ne transforme que moins de 500.000 tonnes. Près de 80% des gains de la filière sont concentrés au niveau de la deuxième transformation (celle de la pâte de chocolat) et de la distribution des produits finis aux consommateurs, deux étapes où la Côte d’Ivoire ne joue pas de rôle important. Ce qui fait que « la Côte d’Ivoire récolte entre 7 à 8% des gains totaux de la filière chocolat-cacao, alors que le pays pèse 40% du cacao mondial » explique, l’économiste Jacques Morisset.

Le rapport de la Banque Mondiale préconise donc une transformation industrielle du cacao en Côte d’Ivoire ce qui doit lui permettre de développer ses capacités et de capter une plus grande part de la valeur ajoutée engendrée dans la filière cacao au niveau mondiale. Sur les 100 milliards de dollars que représente le marché mondial du cacao, seuls 6 milliards reviennent aux agriculteurs.

La Banque Mondiale estime qu’il faut « assurer une meilleure répartition de la valeur ajoutée parmi les acteurs ivoiriens de la filière, notamment par une utilisation plus équitable des prélèvements fiscaux et parafiscaux, qui sont actuellement prélevés sur les producteurs de cacao ».

Cacao : un nouveau mécanisme de fixation des prix adopté

Le rapport revient longuement sur les nouveaux défis du cacao à l’échelle mondiale notamment la question de la certification et de la traçabilité du cacao. Plusieurs enquêtes ont montré les nuisances environnementales et sociales liées à la culture du cacao. Il s’agit principalement du travail des enfants et de la déforestation.

« Il devient de plus en plus difficile de vendre du cacao qui n’est pas certifié (équitable). Des pays comme l’Allemagne ont déjà proscrit les ventes de chocolat qui ne sont pas certifiées et ce mouvement devrait s’intensifier dans les années à venir », note le rapport.

« Ce n’est plus une option, c’est une condition de survie. Il est urgent d’agir car le monde du cacao est en train de vivre plusieurs mutations profondes », indique Jacques Morisset. Il préconise « une révolution verte qui permettrait une augmentation radicale du rendement des cacaoyers », qui est actuellement de « 500 kg/hectare depuis 20 ans ».

« Si ces mutations bousculent le statu quo, elles représentent aussi une formidable opportunité pour que la Côte d’Ivoire adopte les réformes qui l’aideront à se transformer afin d’atteindre l’émergence économique le plus rapidement possible » conclu le rapporteur.

Anderson Diédri

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